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Je doute donc je suis

L'éducation sous la loupe de la science

Par Normand Baillargeon - 28/08/2017
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Des décennies de recherche en éducation ont produit des données probantes qui devraient être utilisées dans l’élaboration des politiques gouvernementales.

Chaque jour, en vous rendant au travail, vous passez devant une école. Que se déroule-t-il entre ses murs ? Comment percevez-vous cet établissement ? Je parie que vous vous dites que cette école est une institution d’une importance majeure. Une institution en ce sens que son activité est régie par des normes et des idéaux parfois convenus, mais aussi souvent débattus, et ce, d’autant que les ressources qui lui sont allouées sont limitées.

Si l’on s’entend généralement sur la mission fondamentale de l’école – amener les enfants à devenir des adultes autonomes ainsi que des citoyens actifs et responsables –, ses autres rôles, eux, sont matière à débats. Transmission des savoirs, socialisation, préparation au marché du travail; chacune de ces composantes est jugée différemment selon qu’on est enseignant, parent, politicien, fonctionnaire ou théoricien.

Voilà pourquoi l’éducation se situe nécessairement à un carrefour où se croisent faits et normes, données empiriques et valeurs.

C’est à ce carrefour qu’il faut placer la discussion sur les « données probantes », une méthode qui suscite de vives réactions dans le milieu de l’éducation depuis quelque temps (voir notre reportage sur le sujet).

Les données probantes sont des informations, des théories, des stratégies présumées fiables, établies et crédibles. En éducation, elles peuvent servir soit à décrire correctement un état quelconque du système d’éducation, soit à fournir des arguments justifiant l’opportunité d’introduire ou de modifier telle pratique ou telle politique.

Ces fameuses données probantes ont-elles une place légitime dans la détermination des politiques en éducation ?

Ma réponse brève est oui, sans conteste. Parce que des décennies de recherche ont souvent produit des données fiables et crédibles qui devraient être prises en compte dans un grand nombre de questions relatives à l’état du système d’éducation et à ce qu’on cherche à accomplir à l’école, qu’il s’agisse d’apprendre à lire à tous les enfants, d’aider ceux et celles qui ont des difficultés, etc.

Partout où cela est possible, il nous incombe donc d’examiner les raisons qui favorisent certaines pratiques et de le faire à partir d’une échelle de validation où ce qui est prôné devient progressivement plus crédible, plus probant.

Au bas de cette échelle, on trouve l’expérience personnelle des enseignants (souvent utile dans une pratique complexe comme l’éducation), puis les avis d’experts là où les données empiriques sont rares ou inexistantes. Viennent ensuite les études empiriques qui ont elles aussi leur ordre d’importance : l’étude simple, sans variable de contrôle; l’étude avec variable de contrôle; et l’étude avec groupe expérimental ainsi que groupe témoin. Par la suite, il y a les méta-analyses, quand elles existent et qu’elles ont été correctement menées. Enfin, tout en haut de l’échelle, il devrait y avoir un recoupement entre toutes ces données et les résultats d’autres disciplines scientifiques. Bref, pour apporter davantage de fiabilité, plusieurs données devraient converger.

Un exemple ? On sait aujourd’hui que des données empiriques crédibles sur l’apprentissage de la lecture concordent avec les données des sciences cognitives. Ce serait dramatique de ne pas les considérer.

Cela étant dit, un constat troublant s’impose : en éducation, trop souvent, on persiste à ne pas recourir systématiquement aux données probantes. Pourquoi donc ?
Je ne peux que risquer des hypothèses : la jeunesse des sciences de l’éducation; la complexité des problèmes qu’on y rencontre; l’attrait envers des méthodes conformes à certaines valeurs, qui conduit parfois à en ignorer d’autres, plus efficaces, mais divergeant de ces mêmes valeurs; finalement, les nombreux colporteurs de recettes miracles.

Dans ce milieu, on trouve un grand nombre de « légendes pédagogiques » nuisibles et contraires aux données probantes : la méthode Brain Gym; le mythe du « cerveau gauche/cerveau droit »; le supposé effet Mozart; l’idée qu’on n’utilise que 10 % de sa matière grise; et d’autres encore.

Bien sûr, les données probantes ne peuvent à elles seules résoudre tous les maux de l’école québécoise. Mais il serait terriblement mal avisé de  ne pas les considérer quand elles existent. Il me semble que c’est devenu une exigence minimale dans la définition de nos politiques et de nos pratiques en éducation.

En tenir soigneusement compte témoignerait de l’importance que nous accordons à la mission de l’école; et de notre volonté de savoir exactement comment elle est accomplie, ce qui est indispensable pour nous améliorer. Cela montrerait surtout que nous nous sentons véritablement responsables de l’avenir de nos enfants.

Illustration: Vigg

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