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Reportages

Nos enfants ne dorment pas assez

Par Boureima Sanga - 25/07/2013
La durée du sommeil nocturne des jeunes du secondaire raccourcit et cela affecte directement leur rendement scolaire. C’est ce que suggère une recherche récente, conduite par des chercheurs du Boston College et réalisée à partir des données de deux études internationales réalisées auprès de 900 000 enfants de 50 pays. Les résultats sont inquiétants: 47% des élèves de 9 ou 10 ans et 57% des 13 et 14 ans souffrent d’un manque de sommeil. Ce sont ceux des pays développés, États-Unis et Nouvelle-Zélande en tête, qui dorment le moins. Les trois quarts des jeunes États-uniens seraient touchés.


Crédit photo: Istockphoto

Au Québec, la situation n’est guère meilleure. Les résultats d’un sondage de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) effectué en 2010, mais publiés cette année, démontrent que la durée moyenne d’une nuit de sommeil des élèves québécois a diminué de près de 20 minutes au cours des 10 dernières années, passant de 8,2 heures en 2001 à 7,9 heures en 2010. Ainsi, les jeunes ont-ils perdu environ 122 heures de sommeil par année. Pas étonnant que 94% d’entre eux disent ressentir de la fatigue en classe, contre 65% en 2001.

«Moins les enfants dorment, moins ils sont concentrés et motivés», indique André Revert, le coordonnateur des services aux élèves à la FEEP. D’après le sondage, 35% de ceux qui dorment 5 heures ou moins présentent des troubles d’attention, contre 2,5% de ceux qui dorment 8 heures et plus par nuit.

Comment expliquer ce déficit mondial de sommeil? En 10 ans, le monde a assisté à la généralisation des écrans, depuis les téléphones intelligents jusqu’aux ordinateurs portables, en passant par les tablettes en tout genre, observe André Revert. Accros à ces outils informatiques, les jeunes textent, clavardent et bloguent jusque tard dans la nuit, empiétant sur leurs heures de repos.

«En 2009-2010, les élèves consacraient déjà plus de cinq heures par semaine à communiquer à l’aide de la messagerie texte et du courriel. Ceux qui chattent ou bloguent dorment bien moins que ceux qui ne le font pas. Avec l’essor des technologies et l’absence de contrôle parental, je crains que le déficit de sommeil ne s’intensifie, déplore André Revert. D’autant qu’au moment de notre enquête, on ne parlait même pas encore de Twitter!»

Les nouvelles technologies chronophages seraient-elles incompatibles avec la biologie du sommeil? Le fait de fixer des écrans au moment de se coucher perturberait-il l’horloge interne? Selon une étude menée l’année dernière au Rensselaer Polytechnic Institute de Troy, dans l’État de New York, une exposition de seulement deux heures aux écrans à rétro-éclairage suffirait à entraîner une réduction de 22% du niveau de mélatonine, cette précieuse hormone sécrétée par le cerveau en l’absence de lumière et qui joue un rôle crucial dans la régulation du cycle du sommeil.

Il y a pire. En nous gardant constamment connectés au monde, ces outils de communication créent une dépendance comparable à celle de certaines drogues. C’est ce qu’a démontré en 2011 Susan Moeller de l’International Center for Media and the Public Agenda de l’université du Maryland. La chercheuse avait demandé à un millier d’étudiants de 17 à 23 ans, dans 10 pays (Argentine, Chili, Chine, Hong Kong, Liban, Mexique, Slovaquie, Ouganda, Royaume-Uni et États-Unis), de s’abstenir d’utiliser leurs téléphones, leurs ordinateurs et toute autre forme d’écran pendant 24 heures. Pour la majorité des jeunes, où qu’ils soient dans le monde, le défi a été impossible à relever. Et pour ceux qui n’ont pas craqué, l’exercice a été synonyme de torture, de perte totale de repères, de détresse, de manque, voire de désespoir. Chez certains, cette déconnexion a même provoqué une forte anxiété, une accélération des batte­ments cardiaques ou des attaques de panique… Une dépendance que les jeunes eux-mêmes étaient loin de soupçonner.


Des chiffres et des neurones
4,7 heures par semaine consacrées aux devoirs et leçons
9,9 heures par semaine pour des loisirs branchés: texto, messagerie, clavardage, jeux, Internet
94% se disent souvent ou parfois fatigués en classe (65% en 2001)
43% disent trouver leur vie très ou assez stressante (36% en 2001)
78% ont un niveau de confiance en eux très élevé ou élevé (90% en 2001)
Source: Fédération des établissements d’enseignement privés.

Boureima Sanga est journaliste scienti­fique basé à Ouagadougou, au Burkina-Faso. Il réalise actuellement un stage à Québec Science grâce à une bourse du Centre de recherches pour le développement international.

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