Piqué au vif !
par Ariane Aubin - 07/07/2010
Les moustiques, mouches noires et autres frappe-à-bord ne sont pas que des enquiquineurs. Ils représentent une biodiversité d’une richesse insoupçonnée et jouent un rôle écologique de premier plan.
Dans les années 1970, le «projet du siècle» de Robert Bourassa n’a pas fait qu’assurer la sécurité énergétique du Québec, il a eu une répercussion plus inattendue. C’est en effet grâce au grand chantier de la baie James que l’on connaît mieux les insectes piqueurs de notre province. Sur les chantiers des barrages hydroélectriques, les conditions de vie étaient difficiles. En plus du froid, de l’isolement et des longues heures de travail, les ouvriers devaient affronter une horde d’ennemis pugnaces et irritants: moustiques, mouches noires, taons et autres petites bêtes suceuses de sang. Des grutiers et des camionneurs ont même développé d’étranges symptômes. Leur cou, enflé et douloureux sous l’effet des piqûres répétées, perdait toute mobilité.

Pour soulager les travailleurs exsangues, on appelle alors à la rescousse le tout nouveau Groupe de recherche sur les insectes piqueurs (GRIP). Formé d’entomologistes et de microbiologistes de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), il a pour mission de dresser un tableau précis des insectes hématophages (ou buveurs de sang) qui pullulent autour des campements et, si possible, de les contrôler.
Le défi n’aura été relevé qu’à moitié. Les insecticides disponibles à l’époque étaient tous toxiques et se dissolvaient difficilement dans l’eau glacée de la baie James; il a donc fallu les utiliser parcimonieusement, ce qui n’a aidé à réduire le nombre d’insectes piqueurs en activité dans la région que de façon négligeable.
Cette escapade aura toutefois permis aux membres du GRIP de répertorier la quasi-totalité des espèces de moustiques et de mouches noires au Québec, un véritable paradis pour ces petites bêtes. «Nous avons beaucoup de marécages, de lacs, de rivières et d’étangs où les insectes peuvent se développer», explique le microbiologiste Jacques Boisvert, collaborateur du GRIP et professeur retraité du département de chimie-biologie de l’UQTR.
Sur les 2 000 qui existent de par le monde et les 125 présentes au Canada, une soixantaine d’espèces de moustiques – de la famille des Culicidés – ont élu domicile au Québec. Les mouches noires (ou Simulidés) seraient encore plus nombreuses; 70 espèces parmi les 1 500 connues à travers le monde ont été identifiées à ce jour dans la province… et le compte serait loin d’être définitif. Viennent ensuite les biens nommés brûlots (de la famille des Cératopogonidés), dont plus de 100 espèces sévissent dans nos régions, et la grande confrérie des Tabanidés, qui regroupe les taons à cheval et mouches à chevreuil (ou frappe-à-bord).
Lire la suite dans le magazine Québec Science du mois de juin-juillet 2010.
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