Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Santé

Des virus à l'assaut du cancer

25/10/2011
-
Les virus peuvent être des alliés précieux dans la lutte contre le cancer, à condition de savoir les «apprivoiser».

Le virus JX-594 est promis à un grand destin. Créé en laboratoire par modi­fication génétique, il pourrait bien devenir l’arme de demain contre le cancer! C’est ce que laissent croire les résultats d’une étude publiée en septembre par des chercheurs de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa (IRHO), en collaboration avec des équipes états-unienne et coréenne.

Le virus a été administré par voie intraveineuse à 23 patients atteints de différents types de cancers résistants aux traitements. Quelques jours plus tard, les chercheurs ont constaté que le virus avait «repéré» et infecté les cellules cancéreuses, épargnant les tissus sains. Chez six des huit patients ayant reçu la dose la plus élevée de virus, les tumeurs se sont stabilisées ou ont même régressé. «C’est la première fois qu’un tel virus injecté dans le sang parvient à cibler les cellules tumorales et les métastases, où qu’elles soient dans le corps», s’enthousiasme le chercheur en biologie moléculaire à l’IRHO, Jean-Simon Diallo, l’un des auteurs de l’étude publiée dans Nature.

Pour réussir cette prouesse, les cher­cheurs, soutenus par la firme de biotechnologie Jennerex, basée à San Francis­co, ont choisi un virus bovin inoffensif qui a été utilisé pendant des décennies dans le vaccin contre la variole. Les scientifiques ont ensuite modifié son ADN pour qu’il s’attaque aux tumeurs. «Pour se répliquer dans les cellules du corps, les virus fabriquent une molécule appelée thymidine kinase, explique Jean-Simon Diallo. En empêchant les virus de fabriquer cette molécule, on les empêche de se multiplier, sauf dans les tumeurs, parce que ces cellules anormales produisent de la thymidine kinase en très grande quantité!»

Ainsi, JX-594 se rend directement dans les cellules cancéreuses, les seules à pouvoir lui fournir le «carburant» nécessaire à sa prolifération. Quant aux effets secondaires de ce traitement «nouveau genre», ils n’ont rien à voir avec ceux des chimiothérapies classiques. La plupart des patients n’ont ressenti que de la fièvre et des symptômes grippaux. Reste maintenant à s’assurer que le virus, une fois logé dans les tumeurs, parviendra à les détruire complètement. Il faudra aussi déterminer le nombre de doses à administrer et conduire des essais à grande échelle.

En mai dernier, lors du congrès de la société américaine d’oncologie clinique (ASCO), la firme Jennerex a présenté les résultats préliminaires d’une autre étude menée auprès de 30 patients atteints d’une tumeur au foie. Le virus JX-594 a alors été injecté non pas dans le sang, mais directement dans la tumeur. Il est un peu tôt pour tirer des conclusions, mais les premiers résultats laissent penser que la survie des malades, qui est d’environ six mois sans traitement, serait de un ou deux ans grâce au virus.

La «virothérapie oncolytique» pourrait bien révolutionner la lutte contre ce fléau qui tue 20 000 Québécois par année. En plus de JX-594, deux virus de ce type sont actuellement en phase d’essais cliniques avancés. «J’ai bon espoir que l’un d’entre eux soit sur le marché d’ici cinq ans», dit Jean-Simon Diallo.

Afficher tous les textes de cette section