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Santé

La viande aux hormones

Par Marine Corniou - 11/11/2013
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« Le poulet aux hormones est un mythe qui a la vie dure ! Il vient d’une expérimentation à petite échelle faite dans les années 60 pour « chaponiser » les poulets avec du diéthylstilboestrol, une hormone interdite au Canada depuis 1973 ! », explique la vétérinaire Martine Boulianne, de l’université de Montréal.

Au pays, aucune volaille (ni porc, ni veau, d’ailleurs) n’est dopée aux hormones. On ne peut pas en dire autant des bovins adultes, qui sont engraissés sous stéroïdes, en plus de recevoir, pour certains, des antibiotiques comme facteurs de croissance. Six stimulateurs de croissance hormonaux, naturels et de synthèse, sont ainsi autorisés au Canada.

« Ces hormones, souvent un mélange d’estrogènes et d’androgènes, sont administrées sous forme d’implant au niveau de l’oreille. Cela augmente l’efficacité alimentaire : avec moins de nourriture, l’animal produit plus de muscle, explique Sébastien Buczinski, spécialiste des bovins à l’université de Montréal. En payant un dollar d’implant, les éleveurs récupèrent 10$ de viande ! ». Car un implant porté 100 à 200 jours, pendant la période d’engraissement, donne 5 à 15 % de muscles en plus, environ 30 à 40 kg de viande par animal.

Ce « dopage » est interdit en Europe depuis 1988, par crainte d’effets sur la santé humaine, tels que des dérèglements hormonaux et une augmentation du risque de cancer lié notamment à l’oestradiol, un estrogène.

De ce côté de l’Atlantique, on clame cependant qu’il n’y a aucun risque. « Les études se contredisent sur le sujet et c’est une guerre de longue date entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Il faut relativiser : un œuf contient 45 fois plus d’oestradiol que 200g de steak, et un verre de lait en contient 9 fois plus », précise le vétérinaire, pour qui la controverse est surtout éthique. « Le concept est de maximiser la production, d’obtenir le plus possible de la part de l’animal en payant le moins possible. C’est le principe des élevages industriels ». À qui l’on reproche, souvent, de faire passer la rentabilité avant le bien-être animal.

Dans la même veine, deux additifs alimentaires de type bêta-agoniste, la ractopamine et le zilpatérol, sont d’usage courant en Amérique du Nord mais interdits dans de nombreux pays, dont l’Union européenne, la Chine et Taïwan. « Le zilpatérol vient d’être retiré de la vente aux Etats-Unis et je pense que les jours de la ractopamine sont comptés en Amérique du Nord », croit Sébastien Buczinski. Le motif ? Il n’y a pas de débouchés, car trop de pays, dont l’Europe et la Chine, refusent par principe de précaution d’importer la viande traitée.

Même le géant américain Tyson Foods Inc. a refusé les bœufs dopés au zilpatérol, car certains présentaient des troubles de la marche et de l’équilibre en arrivant à l’abattoir… Autre signe que les mentalités changent un peu, plusieurs chaines de restaurants, dont A&W et Chez Ashton, ont annoncé récemment servir de la viande sans stéroïdes.

« Les producteurs québécois ne tiennent pas particulièrement à utiliser des implants ou des additifs, mais ils doivent être compétitifs, ajoute le vétérinaire. Ils ont des petits élevages de 500 à 1000 bêtes, et ils sont en concurrence avec les élevages des Etats-Unis et de l’Ouest du Canada, qui totalisent jusqu’à 100 000 têtes chacun, et où 95% des animaux ont des implants hormonaux ».


Pour lire notre reportage sur l'emploi des antibiotiques dans l'élevage, consultez le numéro de décembre 2013.

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