Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Santé

Perturbateurs endocriniens : la menace invisible

Propos recueillis par Marine Corniou - 30/03/2017
-

Les scientifiques sont unanimes: les perturbateurs endocriniens, ces substances que l’on retrouve dans de nombreux cosmétiques, pesticides et autres composés industriels, constituent une menace mondiale pour la santé. Ils interfèrent avec le système hormonal et brouillent carrément les signaux naturels de l’organisme. Ils sont soupçonnés d’augmenter les risques de nombreuses maladies, depuis les cancers (du sein, de la prostate, du testicule), jusqu’aux malformations sexuelles, en passant par l’infertilité, le diabète, l’obésité et les troubles du développement neurologique.

Il est urgent de réglementer ces substances, écrivaient une centaine de scientifiques nord-américains et européens dans une tribune publiée par Le Monde à la fin de 2016. L’un des signataires, l’épidémiologiste Rémy Slama, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale de France, et président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens, dresse un état des connaissances sur la question.



On dit souvent que les perturbateurs endocriniens sont partout. Est-ce vrai ?

Il existe plusieurs centaines de substances qui sont des perturbateurs endocriniens (PE) ou susceptibles de l’être. Elles ont des natures très différentes; il peut s’agir de métaux, comme le mercure, ou de molécules complexes, comme le DDT – un insecticide –, ou les PCB [NDLR, utilisés comme isolants électriques].

Si ces derniers sont aujourd’hui interdits, beaucoup de PE font partie de notre vie quotidienne: le bisphénol A dans les contenants alimentaires; les retardateurs de flamme; les phtalates, dans certains plastiques; les parabènes, dans les cosmétiques; mais aussi certains médicaments et les pesticides qui se retrouvent dans nos assiettes…

De quelle façon perturbent-ils nos hormones ?

Chaque hormone se lie normalement à un récepteur, fixé sur le noyau des cellules, un peu comme une clé dans une serrure. Et ce récepteur ne réagit qu’en présence de cette hormone spécifique. Or certaines substances comme le bisphénol A parviennent à se lier aux récepteurs et sont reconnues, par erreur, comme étant de l’œstrogène. L’organisme agit donc comme s’il y avait des hormones, alors qu’il n’y en a pas.

D’autres substances bloquent les récepteurs et empêchent alors l’hormone naturelle d’agir. D’autres encore, en se fixant, entraînent l’effet opposé de l’hormone naturelle. Il faut savoir qu’on ne connaît pas encore tous les mécanismes en jeu, mais il s’agit d’un véritable piratage du système endocrinien.

En quoi ce brouillage du signal est-il dangereux pour la santé ?
Les effets sur la santé peuvent être de diverses natures, car le système hormonal intervient dans de nombreuses fonctions biologiques. Il contrôle par exemple le développement et la croissance du fœtus, ainsi que ceux de l’enfant, régule l’appétit, le métabolisme, le rythme cardiaque et la reproduction. En outre, il interagit avec le système nerveux central et le système immunitaire.

Lire la suite dans le numéro en kiosque.

Afficher tous les textes de cette section