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Santé

Un simulateur d'accouchement aussi vrai que nature (ou presque)

27/05/2014
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La scène pourrait se dérouler dans n’importe quelle maternité. Dans la salle d’accouchement, une femme en plein travail pousse et crie, pendant qu’une infirmière et une obstétricienne s’affairent à extraire le bébé dont l’épaule est coincée. Après 5 minutes de manœuvres et de poussée, « Lucina » donne naissance à une petite fille.

Pas de pleurs, toutefois : le bébé est une poupée et sa « maman », un mannequin simulateur d'accouchement. « Le mannequin est réaliste, avec une peau souple, des articulations qui lui permettent de se placer dans les différentes positions physiologiques d’accouchement. Sa poitrine se soulève au rythme des respirations, ses yeux clignent, on peut palper son pouls et sentir son ventre se durcir sous l’effet des contractions », décrit le Dr Robert Amyot, président de CAE Santé, la firme qui a mis au point le simulateur et l'a présenté en mai 2014 devant une vingtaine de journalistes.

Si ce simulateur d'accouchement n’est pas le seul qui existe, il est, aux dires de la compagnie, le plus sophistiqué : « Il est très fiable, techniquement. On a testé la descente du fœtus dans le vagin 120 000 fois sans qu’il y ait le moindre bris ! », poursuit-il.

Mais ce n’est pas tout : le mannequin (relié à un ordinateur) permet de simuler une trentaine de scénarios d’accouchement, de la délivrance normale à diverses situations d’urgence, comme la dystocie de l’épaule simulée ce jour-ci, la présentation du bébé par le siège, le cordon autour du cou, jusqu’à l’éclampsie de la mère (convulsions gravissimes) ou son arrêt cardio-respiratoire. « Le mannequin peut être intubé, et il réagit en temps réel aux gestes des étudiants qui le manipulent », explique le Dr Amyot.

Pour faire sortir l’épaule, notamment, l’infirmière doit effectuer une pression sur le ventre de la mère. « Il faut que la pression soit assez forte pour que les capteurs la sentent et déclenchent le mécanisme permettant de libérer le bébé », ajoute le médecin. Les professionnels de la santé peuvent aussi choisir d’administrer des médicaments à la mère, qui auront des répercussions physiologiques "réelles". « Si on administre trop d’analgésique à la mère, le rythme cardiaque du fœtus peut être affecté, par exemple ».

Par ailleurs, un opérateur (formé en un jour ou deux) peut modifier à tout moment le scénario prédéfini pour faire surgir de nouvelles complications. L’hémorragie post-partum, notamment, une complication relativement fréquente et responsable de 140 000 décès maternels chaque année dans le monde, peut être simulée. Des phrases préenregistrées permettent de faire réagir la patiente, mais l'opérateur peut aussi lui prêter sa voix en direct pour une interaction plus réaliste.

« On se prend au jeu, les intervenants se comportent comme lors d'un vrai accouchement», commente le Dre Marie-Josée Dupuis, directrice de la Grande École au CHUM et obstétricienne-gynécologue. Le but affiché de l’outil : favoriser la communication des équipes et améliorer les réflexes des soignants en cas de situation clinique difficile. Le simulateur maternel/fœtal de CAE vise ainsi à former des médecins, des sages-femmes, des infirmières et des professionnels paramédicaux. « Pour réagir dans l’urgence, il faut que les intervenants soient coordonnés. Dans le cas de la dystocie de l’épaule, qui est une complication rare, il est important de garder son calme et d’agir vite », ajoute Marie-Josée Dupuis.

Présenté le 27 mai 2014 pour la première fois au Canada dans les locaux du CHUM, le simulateur coûte entre 70 000 et 85 000$. Depuis la première présentation aux Etats-Unis en janvier dernier, une quarantaine de simulateurs ont déjà été vendus en Amérique du Nord, Québec inclus, selon une porte-parole de CAE Santé. « Au total, CAE Santé a déjà distribué plus de 8000 mannequins simulant des patients ou destinés à la pratique de la chirurgie, dans diverses institutions universitaires, écoles de médecine, ou encore établissements militaires dans le monde », précise Robert Amyot.

Photo: CAE Santé

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