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Santé

VIH : viser la rémission

Par Boureima Sanga - 14/05/2014
Découvert il y a 31 ans, le virus du sida, ou virus de l’immunodéficience humaine (VIH), reste invaincu, infectant 34 millions de personnes dans le monde et 20 000 au Québec. Mais grâce à un dépistage et à un traitement précoce, l’espoir de contrôler l’épidémie renait. Et le mot « rémission » commence à être prononcé par les chercheurs...

Pour une fois, les nouvelles ne sont pas si mauvaises: l'épidémie marque le pas. Entre 2001 et 2012, le nombre de nouvelles infections a chuté de 33%. Et depuis 2005, le nombre de décès liés à la maladie a diminué de 30% dans le monde (rapport ONUSIDA 2013).

Plus spectaculaire encore, le nombre de nouvelles infections chez les enfants a baissé de 52% depuis 2001.

Ce recul, on le doit à la prévention mais surtout à la généralisation des antirétroviraux. Fin 2012, quelque 9,7 millions de personnes, dans les pays à bas ou moyens revenus, avaient accès à ces traitements. C’est 20% de plus que l’année précédente.

Faute de vaccin efficace, les chercheurs ont en effet concentré leurs efforts sur la prévention médicamenteuse. En faisant baisser drastiquement le nombre de virus dans le sang (ce qu’on appelle la « charge virale »), les traitements antirétroviraux permettent de diminuer de façon importante la transmission du VIH, tant au niveau des individus que de la population.

« Le contrôle de la charge virale dès la primo-infection permet de limiter l’expansion virale dans les réservoirs cellulaires, favorisant peut-être à terme la possibilité d’une rémission de la maladie », a précisé Brigitte Autran, directrice du département d’immunologie à l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris et coordinatrice de l’équipe de recherche « Immunité et Immunogénétique antivirale et vaccinale » à  l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), au cours d’une présentation intitulée « Vers la rémission/guérison du VIH ? ».

Ainsi, une étude européenne portant sur plus de 1100 couples sérodifférents (un partenaire infecté et l’autre non) suivis pendant 2 ans n’a fait état d’aucune transmission du VIH au partenaire séronégatif sur plus de 30 000 relations sexuelles non protégées, homosexuelles ou hétérosexuelles. Ces résultats remarquables confirment ceux de l’étude internationale HTPN 052 dont les résultats, publiés en 2011, avaient fait grand bruit. L’essai avait conclu que la mise sous traitement antirétroviral précoce, juste après l’infection, permet de réduire presque totalement le risque de transmission du VIH au partenaire.

Vers quoi se tournent maintenant les chercheurs ? Vers l'élimination du virus de l’organisme, avec un but clair: arrêter le traitement sans mettre en danger le patient. Autrement dit, guérir. « Ceci est extrêmement difficile et impose de faire de nombreuses recherches pour comprendre comment le virus arrive à se maintenir tapi dans l’organisme même quand il y a un traitement efficace », indique la chercheuse.

Le traitement très précoce est toutefois une piste intéressante pour obtenir la rémission. L’exemple du bébé du Mississipi, présenté par les chercheurs en mars 2013, est probant : infectée à la naissance et traitée dans les heures qui ont suivi l’accouchement par des antirétroviraux jusqu'à l’âge de 18 mois, la fillette semble s’être débarrassée durablement du virus.

En mars dernier, des médecins californiens ont présenté le cas d’un autre bébé né infecté avec le VIH, traité immédiatement avec des antirétroviraux, et qui n’avait, 11 mois plus tard, aucune trace d'infection.

Du côté des adultes, certains cas de « rémission » ont aussi été observés. Les équipes de recherche françaises en rapportent une quinzaine, qualifiés d’encourageants. « Si l’on traite des patients adultes dès le premier mois après leur contamination pendant 3 à 5 ans, on sait que parmi les patients qui arrêtent le traitement après ces 3 à 5 ans, certains semblent capables de maintenir une charge virale indétectable. Mais on pense qu’ils ne représentent que 10% des cas », a précisé Brigitte Autran.

Les chercheurs espèrent que cet espoir incitera les sujets à risque à se faire dépister – et traiter- rapidement.

Source photo: Gross L, PLoS Biology Vol. 4/12/2006 (virus s'assemblant à la surface d'un macrohage).

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