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Santé

L'intestin, cet inconnu

20/05/2010
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L’intestin, c’est comme une jungle amazonienne pour les microbiologistes.
La lutte contre l’obésité et le diabète de type II passe peut-être par une meilleure compréhension de cet organe.


«Chaque individu est comme une île habitée par des ensembles microbiens uniques», dit Denis Roy, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biotechnologies des cultures lactiques d’intérêt laitier et probiotique, Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels à l’Université Laval. Derrière ce constat prosaïque fermente peut-être une révolution diététique.

«Il faut savoir que l’activité métabolique de l’intestin est aussi importante que celle du foie, même si on a encore du mal à comprendre ce qui s’y passe vraiment», a-t-il rappelé lors du colloque «Métabolisme et comportement alimentaires: les enjeux de demain», organisé dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier. «On estime que cet organe abrite de 15 000 à 36 000 espèces de bactéries, et on veut savoir à quoi sert une telle diversité et un tel foisonnement de vie.»

Beaucoup de recherches actuelles entendent percer le mystère de nos intestins. Et certains résultats sont particulièrement prometteurs. Des travaux ont mis en évidence l’importance du ratio entre les firmicutes – une classe de bactéries qui regroupe, entre autres microbes, les clostridiums et les listerias –, et les bactéroidetes, une autre classe cousine des flavobactéries. Le ratio d’une classe par rapport à l’autre ne serait pas étranger aux problèmes d’obésité. Alors qu’une personne obèse possède 100 fois plus de firmicutes que de bactéroidetes, ce ratio n’est que de 5 pour un chez les nourrissons ou chez les personnes âgées sans problème de surpoids. «De plus, l’abondance de firmicutes dans l’intestin serait associée au diabète de type II.» Plus percutant encore, une récente étude semble démontrer que l’intestin des nourrissons, s’il est colonisé par la même alimentation que celle de parents obèses, favorisera le développement de l’obésité chez ces enfants.

Selon Denis Roy, il serait possible de développer des stratégies alimentaires afin de modifier le milieu microbien intestinal pour court-circuiter le développement de l’obésité. En 2006, une équipe de l’université de Saint-Louis, aux États-Unis – royaume de l’embonpoint –, avait prélevé des échantillons de la flore intestinale de souris obèses pour les «greffer» à des souris toutes minces. Mickey Mouse s’est alors mise à engraisser. L’an dernier, la même équipe de chercheurs a fait encore plus fort en injectant, cette fois, de la flore intestinale prélevée dans des matières fécales humaines à des petites souris génétiquement modifiées pour être insensibles à un régime de hamburgers et de boissons gazeuses. Et malgré les modifications génétiques, elles se sont mises à grossir en moins de 24 heures.

La prétention des producteurs d’aliments probiotiques – ils avaient dépêché quelques représentants à ce colloque – est maintenant de pouvoir mettre au point des produits – des yogourts, par exemple – qui modifieraient la flore intestinale des con­som­mateurs pour leur garantir un régime minceur. On rêve?
 

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