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Société

Votre belle-mère veille sur vos gènes

Par Sylvain Lumbroso - 28/03/2017
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Et si nos grands-mères nous aidaient à « nettoyer » les génomes ? Une fascinante théorie étudiée de près au Québec !

Rappelez-vous : si l’on s’en tient à Darwin, le but de tout individu est de se reproduire. Et la sélection naturelle permet d’amener les plus aptes, les mieux adaptés, à survivre et à se reproduire davantage. Autrement dit, les « bons » gènes sont favorisés au fil de l’évolution. Les humains n’échappent pas à cette loi impitoyable. Ceux qui sont atteints d’une maladie génétique mortelle pendant leur enfance ont ainsi peu de chance de transmettre leur ADN.

Mais pour les maladies génétiques qui apparaissent à l’âge adulte, après la période de reproduction, la sélection naturelle est en quelque sorte désarmée et ne parvient pas à éliminer les mutations délétères. « À moins que les grands-mères ne jouent un rôle en veillant sur la progéniture de leurs propres enfants » réplique Luis Barreiro du CHU Ste-Justine où il étudie la génétique des populations humaines (épisode 8 de notre balado L'héritage des pionniers).

Le rapport ? Il est simple : les grands-mères en bonne santé s’occupent en partie des petits-enfants et soulagent ainsi la mère qui s’attèle plus rapidement à la conception du prochain. En revanche, une grand-mère fragilisée par une maladie héréditaire ne pourra pas aider la mère, qui aura alors moins d’enfants. Dans le premier cas, la procréation va bon train, et la famille et ses gènes sains ont plus de chances de s’étendre. Dans le deuxième, on se contente de moins d’enfants, ce qui freine indirectement la propagation des mutations délétères.

Zoom sur les grands-mamans québécoises

Élaborée aux États-Unis, « l’hypothèse de la grand-mère », prend une tournure particulière au Québec, où les maladies génétiques dues à l’effet fondateur frappent encore trop souvent.

Cela n’a pas échappé à Lisa Y. Dillon de l’Université de Montréal. Cette démographe a testé l’influence des grands-mères dans la population québécoise, profitant du fait que tous les registres paroissiaux depuis la fondation sont désormais consignés dans une base de données informatique. La scientifique a donc choisi une cohorte de femmes nées entre 1700 et 1749, mariées et décédées dans la province. Objectif : vérifier que la grand-mère vivante favorise la réduction de l’écart entre les naissances de la génération suivante.

« Un des critères importants de l’étude a été d’ajouter la proximité. En effet, à l’époque, les moyens de déplacement étaient réduits », précise Lisa Y. Dillon. À la naissance d’un enfant, l’aide la plus précieuse vient de la grand-mère jeune et en bonne santé, vivant à proximité. Ce profil favorise l’intervalle intergénésique qui qualifie le délai entre deux naissances.

En poussant plus loin son modèle, la démographe a même trouvé que la belle-mère avait une influence encore plus importante. « C’est la belle-mère jeune, vivant à proximité qui est le meilleur partenaire pour la mère, précise Lisa Y. Dillon. « Surtout si elle-même s’occupe encore d’un enfant en bas-âge ».

Quand la belle-mère met la main à la pâte

Pour comprendre cette théorie de la grand-mère étendue à la belle-mère, la chercheuse s’est tournée vers les livres d’histoire et les représentations. « Je suis tombée un jour sur un tableau de Cornelius Krieghoff. C’est là que j’ai mieux compris ! », se rappelle-t-elle.

Ce peintre canadien du 19ème siècle, coutumier des scènes champêtres, a représenté une femme âgée prenant le jeune enfant des mains de sa bru qui s’en va au marché. La présence de l'aînée n’est pas un hasard. « À cette époque au Québec, il était courant que la femme déménage pour rejoindre la famille de son mari, car il avait hérité de la ferme familiale » poursuit-elle. « La fille va vivre plus proche de sa belle-mère que de sa propre mère. Il y a une association génétique avec sa mère et une association sociale avec sa belle-mère. » Dans les deux cas, les gènes sont préservés et donc transmis.

La démographe de Montréal ne compte pas en rester là. Elle cherche à confronter ses résultats avec ceux de scientifiques de l’Utah. C’est justement l’état américain où la théorie de la grand-mère a vu le jour et poursuit son ascension.

Un article publié en 2012 dans la revue de l’Académie des sciences américaine relie en effet cette thèse à l’apparition de la ménopause et l’allongement de la durée de vie. Chose sûre, vous ne regarderez plus jamais votre belle-mère de la même façon.

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