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Santé

Des anticorps à l'assaut d'Ebola

Par Marine Corniou - 12/08/2014
L'épidémie d'Ebola a fait plus de 1200 morts en Afrique de l'Ouest. Le 12 août, un comité d'experts réuni par l'Organisation mondiale de la santé a approuvé l'emploi des traitements expérimentaux, préventifs ou curatifs, contre cette fièvre hémorragique qui tue plus de la moitié des personnes infectées (pour en savoir plus: ici). Parmi ces traitements, le fameux "ZMapp", mis au point en partie à Winnipeg et développé par un laboratoire privé aux États-Unis.
Le ZMapp contient trois anticorps monoclonaux. Explications.


Les anticorps monoclonaux, qu'est-ce que c’est?


Un anticorps est une protéine du système immunitaire qui est capable de reconnaître les éléments étrangers à l’organisme, comme un virus ou une bactérie, de s’y fixer et de favoriser leur élimination.
Une fois fixés, les anticorps « recrutent » des cellules du système immunitaire, qui viennent à leur rescousse pour détruire l’intrus.

En forme de Y, les anticorps sont composés d’une partie fixe et d’une partie variable. Cette dernière est très spécifique : elle est capable de reconnaître une partie très précise d’un virus ou d’une bactérie donnée (qu’on appelle antigène, ou épitope).

Les anticorps sont produits par des cellules appelées lymphocytes B. Les anticorps dits « monoclonaux » sont des anticorps produits en laboratoire : ce sont des copies d’anticorps naturellement présents dans l’organisme.

Ils sont donc fabriqués par un lymphocyte B particulier et ses clones, contre un antigène spécifique. Les anticorps monoclonaux ainsi obtenus sont tous identiques, reconnaissant un antigène unique. Il s’agit donc d’outils thérapeutiques très ciblés.


Le boom des anticorps

Les anticorps monoclonaux sont utilisés très largement en biologie et médecine, depuis les années 1980 (on sait les fabriquer en laboratoire depuis 1975).

Le premier anticorps thérapeutique a été employé pour lutter contre les rejets aigus d’organes greffés. Aujourd’hui, une vingtaine de produits sont commercialisés et sont utilisés en cancérologie (par exemple l’Herceptin contre le cancer du sein), en infectiologie ou pour traiter les maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn, la sclérose en plaques…

En virologie, et notamment contre le virus Ebola, les anticorps peuvent être administrés en renfort à des malades pour neutraliser les pathogènes et bloquer leur propagation.

De très nombreux anticorps monoclonaux sont en cours de développement par les laboratoires pharmaceutiques (entre 200 et 300).

Pourquoi un tel engouement ? D’abord, le nombre d’antigènes pouvant être ciblés est potentiellement infini, ce qui permet d’envisager des traitements pour quasiment toutes les maladies. Ensuite, la production des anticorps est de plus en plus performante, ce qui a permis de réduire considérablement leurs effets secondaires.


Comment les fabrique-t-on ?

Les premiers anticorps monoclonaux ont été fabriqués en injectant un antigène donné à une souris, puis en isolant les lymphocytes B de la souris, après dissection. Les lymphocytes étaient ensuite fusionnés avec des cellules immortelles (cancéreuses), donnant lieu à des cellules « hybrides » qui produisent les anticorps désirés à la chaîne, in vitro (une idée qui a valu à ses auteurs le prix Nobel de médecine en1984).

Problème : ces anticorps de souris, une fois injectés chez l’humain, provoquent une réaction immunitaire. En fait, l’organisme, plutôt que de se laisser aider par ces anticorps, cherche à les détruire, rendant le traitement inefficace.

Pour contrer cela, les chercheurs ont créé dans les années 1990 des anticorps chimériques, en fusionnant par génie génétique une partie d’anticorps murin (qui garde son affinité pour l’antigène visé) et une partie humaine (constante), représentant la plus grosse partie de la molécule.

Des anticorps « humanisés » sont, depuis, disponibles : la partie murine restante est infime.

Depuis quelques années, on sait aussi fabriquer des anticorps entièrement humains, par le biais de différentes méthodes, notamment des souris transgéniques qui, lorsqu’elles sont immunisées, produisent des anticorps humains.

Et le ZMapp?

Dans le cas du ZMapp, le cocktail de 3 anticorps monoclonaux administré aux deux citoyens américains ayant contracté Ebola, les anticorps sont fabriqués par des…plants de tabac. La moléculture (production de molécules d’intérêt par l’agriculture) est utilisée depuis de nombreuses années. Plusieurs techniques sont employées, mais dans le cas du ZMapp, le gène qui permet de produire l’anticorps est d'abord inséré dans un virus du tabac.
Les plants de tabac sont ensuite infectés avec le virus, ce qui permet à la plante de produire une certaine quantité d’anticorps, qui peuvent alors être extraits et isolés.

On le comprend, la production rapide et à grande échelle n’est toutefois pas facile avec ce processus.


Schéma: Yohan, Wikicommons

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