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Des nanoparticules retrouvées dans les aliments

Par Marine Corniou - 24/08/2017



Le magazine français 60 millions de consommateurs révèle que de nombreux bonbons, gâteaux et desserts glacés contiennent du dioxyde de titane sous forme nanoparticulaire.

Le hic, c'est que cela fait "des années que l’industrie agroalimentaire assure ne pas utiliser d’ingrédients à base de nanoparticules – à savoir des substances (oxyde de fer, silicium, dioxyde de titane, etc.) dont les plus petites particules ont un diamètre inférieur à 100 nanomètres (nm), soit un dix-millionième de mètre", note le magazine.

Le magazine s'interroge donc sur la transparence des pratiques, sachant que les entreprises agroalimentaires contactées ont pour la plupart affirmé n'utiliser aucun nanomatériau... "Mauvaise foi ou ignorance ? Impossible à savoir", conclut l'article.

Or, l'effet sur la santé des nanoparticules (que ce soit par inhalation ou ingestion) est encore chaudement débattu, faute de données scientifiques solides. En 2006, le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le dioxyde de titane dans le groupe des substances «cancérogènes possibles chez l’Homme (2B)» par voie pulmonaire.

Le dioxyde de titane (TiO2) est l'un des cinq nanomatériaux les plus utilisés dans les produits de grande consommation, dont les crèmes solaires et les aliments. En tant qu'additif alimentaire, ce produit a des propriétés blanchissantes et éclaircissantes (d'où son utilisation en confiserie, dans les sauces blanches ou les glaçages) et il contient une bonne proportion de nanoparticules (jusqu'à 36%).

En 2016, notre collègue de L'actualité, Valérie Borde, s'était déjà interrogée sur l'innocuité du dioxyde de titane dans les bonbons.

"Au Canada, en raison des règles d’étiquetage, son nom n’est pas inscrit comme tel sur les étiquettes des produits parce que le dioxyde de titane entre dans la grande catégorie des additifs alimentaires répondant au simple qualificatif de «colorant». En Europe, où la liste des colorants doit être détaillée, il se retrouve sous le nom de code E171", expliquait-elle.

Début 2017, une étude parue dans Scientific reports et menée chez des rats montrait que l'ingestion quotidienne de dioxyde de titane provoquait des dérèglements immunitaires et des lésions précancéreuses.



Ces filaments de TiO2 sont 10 000 fois moins large qu'un cheveu (Wikicommons).

Pour mieux comprendre les enjeux liés aux nanoparticules, un petit rappel (voir Nanotechnologies: une révolution invisible):

Sans qu’on s’en aperçoive, les nanomatériaux ont déjà envahi notre quotidien. Pneus et parechocs; crèmes solaires et cosmétiques; emballages et additifs alimentaires; vêtements et chaussures; peintures et vernis; articles de sport; écrans tactiles; téléphones portables, etc., plus de 1 600 produits «nanos» sont déjà sur le marché.

Les nanotechnologies consistent à manipuler et à contrôler la matière dans l’infiniment petit, à l’échelle du nanomètre (nm) – un milliardième de mètre. Par exemple, plutôt que d’utiliser du métal ou du carbone sous forme de «blocs» de grosse taille, on les utilise à l’état de minuscules fragments de moins de 100 nm, soit la taille de quelques atomes. Pour avoir une idée de ce que cela signifie, on utilise souvent cette analogie: il y a le même rapport de taille entre la planète Terre et une orange qu’entre une orange et une nanoparticule!

Propriétés spectaculaires

Or, ces minuscules éléments ont des propriétés spectaculaires. Ainsi, le carbone, friable quand il est utilisé dans la mine d’un crayon, devient 100 fois plus résistant que l’acier – mais reste 6 fois plus léger – quand il prend la forme de nanotubes. Ces cylindres, constitués d’un feuillet d’atomes de carbone environ 100 000 fois plus fin qu’un cheveu, peuvent aussi conduire l’électricité de façon 1 000 fois plus efficace que le cuivre ou l’argent.

Oxydes nanométriques de titane, de fer, de césium et de zinc, nanoparticules d’argent, de silice, fullerènes (des sphères constituées d’atomes de carbone), polymères appelés «dendrimères», etc. Les nanos nous rendent déjà de nombreux services, qu’il s’agisse de miniaturisation des composants et des circuits électroniques, ou d’intégration de nanomatériaux dans les plastiques et les composites, et, bientôt, de nanorobots capables de transporter les médicaments dans l’organisme. Car leurs «talents» sont multiples: résistance aux UV, aux chocs, aux rayures et à la corrosion; mais aussi légèreté, solidité, conductivité, propriétés antibactériennes ou antireflets surpassant de loin celles des matériaux classiques.

À quoi peut-on attribuer ces propriétés?

Principalement au fait que le rapport entre la surface et la masse des nanomatériaux est très élevé. Autrement dit, ces minuscules grains de matière, qui se présentent sous forme de billes, de tubes, de cristaux ou encore de filaments, présentent une proportion très élevée d’atomes à leur surface. Ainsi, une petite sphère de 0,1 mm de diamètre n’aura que 0,006% de ses atomes en surface (le reste étant confiné dans le cœur de la bille), alors que, sur une sphère de 10 nm, 6% des atomes affleurent à la surface. Or, plus le nombre d’atomes exposés à la surface est élevé, plus les matériaux sont réactifs.

Il faut aussi savoir que, à cette échelle, la matière est régie par les lois de la physique quantique. Rien de magique, même si cela peut en avoir l’air. Chaque atome peut influencer le comportement des autres atomes et des électrons dans son environnement. Ces effets quantiques affectent le comportement optique, électrique ou magnétique du matériau.

Toxicité accrue

Si les propriétés de beaucoup de substances sont décuplées à l’échelle nanométrique, c’est aussi le cas de leur nocivité. Et pour cause; en plus d’être très réactives, les nanoparticules ont une taille comparable à celle des molécules de l’organisme humain.

Elles peuvent donc se confondre avec elles et déclencher des messages cellulaires, perturbant ainsi le fonctionnement des organes. Un « dommage collatéral » connu depuis longtemps, car les nanoparticules sont omniprésentes dans l’environnement, qu’elles proviennent de l’activité volcanique, des poussières désertiques ou encore des phénomènes de combustion naturels ou industriels.



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