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Imprévisible Zika

Par Marine Corniou - 11/07/2017
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Depuis deux ans, les études scientifiques sur le virus Zika se multiplient, et leurs conclusions se rejoignent sur un point : la bête est difficile à cerner.

Le virus est-il plus dangereux que ce qu’on pensait ? Continuera-t-il à se répandre ou ralentira-t-il sa course ? « Tous les scénarios sont possibles. C’est de la spéculation, mais autant être prêt pour le pire », répond Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, à Québec, qui mène actuellement un essai clinique avec un vaccin potentiel.

 « C’est une épidémie complexe à appréhender, car il y a plusieurs souches virales, et on ne sait pas combien de temps les gens restent immunisés après une première infection », explique de son côté Cédric Yansouni, spécialiste des maladies infectieuses au Centre universitaire de santé McGill.

Découvert en Afrique en 1947 et transmis par des moustiques, ce virus a fait les manchettes en 2014 lorsqu’il a atteint le continent américain (rien qu’au Brésil, plus de 100 000 cas ont été recensés en 3 ans). Généralement bénin, il peut néanmoins entraîner de graves malformations chez les fœtus, dont des microcéphalies (boîte crânienne sous-développée).

Malgré d’importants efforts de recherche, on ne sait pas encore précisément quel est le risque de malformation du bébé en cas d’infection de la mère. « Une femme enceinte court globalement 6 % de risque de transmettre le virus à son fœtus si elle est infectée [11 % au premier trimestre], explique Cédric Yansouni. Le risque de malformation qui en découle semble très élevé. » Celui-ci peut atteindre plus de 40 % selon les études.

Le portrait est d’autant plus complexe qu’il « semble y avoir une association entre la probabilité de malformation fœtale et le fait que la femme ait pu contracter la dengue [aussi transmise par les moustiques] dans le passé ».

Cédric Yansouni rappelle qu’il est toujours déconseillé de voyager dans les zones à risque (en gros, les Caraïbes, le Mexique et tous les pays d’Amérique centrale et du Sud) en cas de grossesse ou de projet de grossesse, le virus pouvant persister six mois dans le sperme et être transmis par voie sexuelle. Au Canada, environ 500 voyageurs ont été touchés, les symptômes étant le plus souvent légers.

Mais sur ce point, une étude récente, publiée par l’équipe de Cédric Yansouni dans le Journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ), suscite l’inquiétude. Elle suggère que les complications liées à l’infection, notamment le syndrome de Guillain-Barré (une atteinte neurologique qui entraîne une paralysie temporaire), pourraient être plus fréquentes que ce qu’on pensait.

En suivant plus de 1 000 Canadiens ayant présenté une fièvre après un voyage à l’étranger entre octobre 2015 et septembre 2016, les chercheurs ont découvert que 41 personnes étaient infectées par le Zika; et que, dans ce groupe, tout le spectre des complications était présent. « On a eu deux cas de Guillain-Barré. L’échantillon est petit, mais ça demeure un signal surprenant », affirme le chercheur.

Le vaccin est donc attendu avec impatience. Et les premiers résultats obtenus par Gary Kobinger sont encourageants. La première phase, portant sur 40 patients (dont 15 Québécois), a montré que le vaccin était bien toléré et qu’il induisait une réponse immunitaire. La deuxième phase est en cours, notamment à Porto Rico sur 160 personnes. « Comme c’est une zone où le virus est présent, on devrait commencer à savoir à l’automne s’il y a des signes d’efficacité », précise-t-il.

Photo: Sumaia Villela/Agência Brasil

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