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L'exposition au plomb serait responsable du tiers des décès par maladies cardiovasculaires

Par Marine Corniou - 12/03/2018
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Photo: Joe Mabel, Wikicommons

256 000 : c’est le nombre de personnes qui succomberaient chaque année aux États-Unis des suites d’une maladie cardiovasculaire liée à l’exposition au plomb, selon une estimation parue dans The Lancet Public Health journal.

L’étude, menée par une équipe de l’université canadienne Simon Fraser auprès de 14 300 Américains suivis sur 20 ans, avance des chiffres bien supérieurs à ce qui était estimé jusqu’ici. Elle pointe surtout du doigt l’effet néfaste de concentrations sanguines très faibles, dont on ne soupçonnait pas jusqu'ici l'impact cardiovasculaire.

Ce métal lourd, omniprésent dans l’environnement (et notamment dans l’eau), a des effets neurotoxiques bien documentés, qui ont conduit à son interdiction progressive dès les années 1970 dans les carburants, peintures et autres matériaux. Ses effets cardiovasculaires sont toutefois moins connus, même si plusieurs études ont montré un lien entre une exposition au plomb et l’hypertension artérielle, l’athérosclérose et les maladies coronariennes.

Selon cette nouvelle étude, presque un tiers (28,7%) des morts prématurées causées par une maladie cardiovasculaire – la première cause de décès aux États-Unis - pourrait être attribuables à une exposition au plomb! Inquiétant, même si les taux de plomb dans l’environnement ont fortement diminué au cours des dernières années.

« Notre étude estime l’impact historique de l’exposition au plomb chez des adultes de plus de 44 ans, qui ont été exposés au plomb il y a des années de cela », rappelle le professeur Bruce Lanphear, de l’université Simon Fraser, auteur principal de ces travaux. « L’exposition au plomb est beaucoup plus faible aujourd’hui (…), donc elle causera moins de morts dans les générations plus jeunes. Elle reste toutefois une cause majeure de maladie et de mort, et il est important de poursuivre nos efforts pour réduire cette exposition environnementale au plomb. »

La situation est probablement similaire de notre côté de la frontière. « L’enquête canadienne sur les mesures de la santé indique que les concentrations sanguines en plomb chez les Canadiens de plus de 20 ans (1,1 μg/dL) sont comparables à celles des Américains (0,97 μg/dL) », précise Bruce Lanphear dans un courriel.

Expositions faibles : danger!

L’étude a suivi ses participants pendant près de 20 ans. Leur niveau d’exposition au plomb était mesuré par prise de sang au début de l’étude. En moyenne, le taux de plomb était de 2,7 μg/dL de sang, mais variait de 1 à 56 μg/dL.

Les personnes les plus exposées (un cinquième des participants avaient des niveaux supérieurs à 5 μg/dL) étaient parallèlement moins éduquées, plus susceptibles de souffrir de diabète, d’hypertension, d’hypercholestérolémie et de consommer de l’alcool et du tabac que les autres. Les chercheurs ont évidemment tenu compte de ces disparités dans leurs calculs. Résultat, les personnes les plus exposées avaient une mortalité toutes causes confondues supérieure de 37%, et une mortalité cardiovasculaire 70% plus élevée que celle des personnes les moins exposées.

« Cette étude montre que même en cas d’exposition très faible, il y a un effet sur le risque cardiovasculaire. Compte tenu de la prévalence des maladies cardiovasculaires, cet effet est non négligeable », commente Patrick Levallois, spécialiste du sujet à l’Institut national de santé publique du Québec.

Voici qui confirme ce que beaucoup d’experts clament déjà : en matière d’exposition au plomb, il n’y a pas vraiment de dose « sécuritaire », de seuil de non toxicité, puisque des plombémies aussi faibles que 1 à 5 μg/dL ont un effet délétère.

Si la plombémie n'a été mesurée qu'au début de l'étude, et non de façon continue, et qu'il peut rester des facteurs "confondants" pouvant expliquer la plus forte mortalité des personnes les plus exposées (comme une exposition à d'autres métaux, comme l'arsenic par exemple), l'étude n'en est pas moins intéressante, note Patrick Levallois. «C'est une étude observationnelle sur un gros échantillon», ajoute-t-il.

De quoi rappeler l'importance de la "décontamination". « Les mesures de santé publique telles que la destruction des logements trop anciens, l’abandon progressif des carburants d’aviation contenant du plomb, le remplacement des conduites de plomberie en plomb, et la réduction des émissions des fonderies et des usines de batteries seront cruciales pour prévenir cette exposition », estime Bruce Lanphear.
 
D'où vient le plomb?

L'exposition actuelle provient du plomb qui persiste dans l'environnement et qui était autrefois utilisé dans les carburants, les peintures, les soudures de boîtes de conserve et la plomberie. L'exposition se fait principalement par l'eau potable et par certains aliments. L'ingestion de particules de plomb présentes dans la poussière et dans le sol, notamment à proximité de certains sites industriels, peut aussi contribuer à une exposition importante.

Extrait d'un document de consultation publique de Santé Canada:

"Jusqu'aux années 1960, d’importantes quantités de plomb étaient ajoutées, dans une proportion de 10 à 50 %, dans les peintures pour usages domestique et industriel comme pigment et agent de séchage. Même si la teneur en plomb dans la peinture intérieure et les peintures appliquées sur les meubles ou les produits destinés aux enfants a par la suite été abaissée à 90 mg/kg, les vieilles maisons et les vieux immeubles demeurent une source d’exposition au plomb.

Des composés de plomb organique étaient également ajoutés au carburant de véhicules automobiles jusqu’à ce que leur usage soit interdit au Canada en 1993, sauf pour les carburants utilisés dans les avions à moteurs à piston et dans les véhicules de compétition.

On trouve également du plomb dans l'eau potable, en raison de son relargage par les éléments du réseau de distribution ou de la plomberie. Par le passé, le plomb était fréquemment utilisé dans les entrées de service, les soudures et les raccords, ce qui rend sa présence dans l’eau potable plus probable dans les vieilles maisons et les vieux quartiers.

Outre ses effets cardiovasculaires, le plomb est connu pour ses effets neurologiques (notamment pour le saturnisme chez les enfants), pour sa toxicité rénale, ses effets carcinogènes, reprotoxiques, etc."


Source image: https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/saturnisme








 

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