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L'outil CRISPR-Cas9 pourrait augmenter les risques de cancer

Par Marine Corniou - 12/06/2018

Crédit: ulleo

Des chercheurs rapportent dans Nature Medicine que l'utilisation de CRISPR–Cas9 pourrait, indirectement, augmenter la sensibilité des cellules au cancer.

Pour comprendre, il faut savoir que le cancer est généralement dû à l'accumulation de mutations génétiques au sein d'une cellule. Ces mutations surviennent fréquemment: elles sont soit inoffensives, soit immédiatement corrigées par la cellule. Sauf qu'elles peuvent, parfois, s'accumuler et toucher des gènes responsables de la multiplication cellulaire, par exemple. Dans ce cas, la cellule s'emballe; elle devient cancéreuse.

CRISPR-Cas9, quant à lui, est un outil moléculaire qui peut être injecté dans une cellule et aller modifier son ADN de façon très précise. Il repère d’abord la cible, et coupe le brin d’ADN à l’endroit voulu, comme des ciseaux. Cette opération permet d’invalider un gène, ou de le modifier (si on insère en même temps le nouveau gène).

Alors, comment CRISPR, qui est très utilisé en recherche et commence à être testé dans des essais cliniques, peut-il augmenter le risque de cancer?

En fait, les chercheurs du Karolinska Institutet et de l’université de Cambridge se sont rendu compte qu’ils parvenaient à éditer très facilement le génome des cellules cancéreuses, mais beaucoup moins celui des cellules saines.

« Nous avons réalisé qu’en coupant le génome avec CRISPR-Cas9, on induisait l’activation de la protéine p53, qui agit comme un système d’alarme dans la cellule, prévenant que l’ADN est endommagé et appelant à la rescousse la « trousse de premiers soins » qui vient réparer l’ADN. Le déclenchement de ce système rend l’édition génétique beaucoup plus difficile », a expliqué dans un communiqué Emma Haapaniemi, du Karolinska Institutet, en Suède, et première auteure de l’étude.

L'édition fonctionne mieux dans les cellules fragiles
Or justement, dans la plupart des cellules cancéreuses, le système p53 est déréglé, et les réparations de l’ADN ne se font plus correctement. L’équipe a d’ailleurs montré qu’en altérant l’activité de p53 dans des cellules saines, l’édition génétique se faisait plus facilement.

D’où le risque : les cellules qui se laissent "éditer" (dans le corps ou la boite de Pétri) sont celles où le mécanisme naturel de protection de l’ADN est moins puissant. Ce sont donc également celles qui ont le plus de risque de basculer dans un état cancéreux, puisqu’elles sont naturellement moins efficaces pour contrer les dommages pouvant mener au cancer.

Loin de vouloir freiner le développement de CRISPR-Cas9 en médecine, les chercheurs veulent toutefois alerter la communauté scientifique sur ces risques. « C’est pour cela que nous avons décidé de publier nos résultats dès que nous avons découvert que les cellules éditées par CRISPR-Cas9 ont un risque de devenir cancéreuses ». Une information de taille, en effet.
 



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