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Les langues autochtones lèvent le voile sur l'histoire du peuplement des Amériques

Par Marine Corniou - 21/02/2017


L'analyse des langues autochtones permet de mieux comprendre le peuplement du continent américain.

Comment les premiers humains ont-ils conquis le continent américain? Quand sont-ils arrivés? Et, surtout, d’où venaient-ils?

Ces questions intriguent archéologues, anthropologues et généticiens depuis toujours. Mais elles piquent aussi la curiosité des linguistes, comme l’a expliqué Mark Sicoli, anthropo-linguiste à l’université de Virginie, lors du congrès de l’American Association for the Advancement of Science, le 17 février.

Car le continent américain possède une diversité linguistique unique au monde (ou du moins, possédait, avant l’arrivée des Européens).

« La diversité linguistique y est plus grande que partout ailleurs. On compte 26 isolats linguistiques [NDLR, c’est-à-dire des langues dont on ne peut pas démontrer la filiation ou la parenté avec d'autres langues] en Amérique du Nord, et 55 en Amérique du Sud. Par comparaison, il y a un seul isolat linguistique en Europe, 9 en Asie et 10 en Afrique », a expliqué le chercheur.

Pour atteindre une telle diversité, il faut compter environ 35 000 à 50 000 ans d’évolution – le temps nécessaire pour que les langues dérivent à partir d’une langue ancestrale, se différencient et deviennent finalement autant de langues isolées.

Pourtant, l’arrivée des populations humaines en Amérique a eu lieu il y a environ 15 000 ans. « Cela signifie que la diversité linguistique était déjà présente en Béringie, avant la migration vers le continent américain », a précisé Mark Sicoli.

L’isolement en Béringie

Pour mieux comprendre, il faut connaitre l’hypothèse de l’isolement béringien (ou « Beringian standstill » en anglais), qui a été proposée en 2007 et qui semble se confirmer dans les recherches récentes, notamment celle de l’Université de Montréal.

Selon cette hypothèse, les ancêtres des Premières Nations n’ont pas traversé le détroit de Béring d’une traite avant de se répandre sur le continent américain. En fait, ces populations ont vécu longtemps, pendant plusieurs milliers d’années, sur le territoire de Béringie, entre l’Alaska et la Russie actuelles. À l’époque, en raison de la glaciation, le niveau des mers était plus bas et une large bande de terre était découverte à cet endroit.

C’est au moment de cet « isolement », en Béringie, que ces humains se sont diversifiés et ont accumulé des mutations génétiques (et une diversité linguistique) qui caractérisent les premiers Américains.

C’est ce que confirme le travail de Mark Sicoli, qui a analysé et comparé des dizaines de langues amérindiennes avec des outils informatiques (le diagramme ci-contre a été publié dans PLOS).

« La Béringie était une terre de diversité linguistique. Mais c’est difficile de reconstituer l’histoire à partir des langues actuelles, car beaucoup se sont éteintes et beaucoup de vocabulaire a été perdu », explique le linguiste, qui s’est notamment penché sur les langues autochtones d’Alaska, comme le dena’ina, l’aleut, l’eyak, le haïda.

En combinant des cartes géographiques et sa banque de données linguistique, il a pu faire émerger des relations entre les différents idiomes.

Ses analyses suggèrent qu’au moins trois langages « fantômes », désormais éteints, ont influencé directement les langues na-dené (parlées dans cette région). Autrement dit, il est possible que trois populations, parlant des langues différentes, se soient succédées en trois vagues migratoires, et aient influencé les populations déjà sur place.

 

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