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Les pesticides néonicotinoïdes sont bel et bien nocifs pour les abeilles

Par Marine Corniou - 03/07/2017
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Le constat est sans appel: les néonicotinoïdes, des pesticides couramment utilisés en agriculture, sont bel et bien nocifs pour les abeilles domestiques et sauvages.


C’est ce que confirment deux études publiées dans la revue Science, une canadienne et une britannique.

L’utilisation croissante de néonicotinoïdes est pointée du doigt depuis plusieurs années pour expliquer le déclin de certaines espèces d’abeilles et pollinisateurs, mais il était difficile de déterminer quelle quantité et quelle durée d’exposition étaient néfastes.

Ces deux nouvelles études montrent les effets « en conditions réelles » et confirment que l’exposition « ordinaire » menace la survie des butineuses et augmente la mortalité hivernale des colonies.

Au Canada, l’équipe (de l’université de York à Toronto) a étudié cinq ruchers situés à proximité de champs de maïs traités aux néonicotinoïdes et six éloignés des zones agricoles. Verdict: les premières colonies étaient exposées pendant trois à quatre mois aux pesticides, soit près de la totalité de leur saison d’activité. C'est bien plus que ce que les scientifiques pensaient...

Les butineuses exposées au pollen contaminé pendant leurs premiers jours de vie voyaient leur espérance de vie réduite de 23%. Les colonies avaient aussi davantage de difficulté à prendre soin de leur reine et leur santé globale était affectée.

Au final, les auteurs ont détecté un cocktail de 26 pesticides dans les ruches, dont 4 néonicotinoïdes. Ils ont montré que la toxicité de deux d'entre eux, le clothianidine et le thiaméthoxame, est presque multipliée par deux lorsqu’un autre produit, un fongicide appelé boscalide, est aussi appliqué dans les champs. Autrement dit, les risques sont majorés près des champs de maïs qui sont traités par divers produits phytosanitaires.

Essai en plein champ

Du côté européen, l’étude britannique (commanditée par Bayer CropScience et Syngenta, fabricants de néonicotinoïdes) a été menée sur onze sites différents, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Hongrie, sur des cultures de canola (colza) traitées ou non avec deux néonicotinoïdes (clothianidine ou thiaméthoxame).

Trois espèces de pollinisateurs, dont l’abeille domestique, ont été étudiées dans cet essai en plein champ, le plus vaste jamais réalisé.

En Hongrie, les colonies situées à proximité des champs de canola traités avaient en moyenne 24% d’ouvrières en moins après l’hiver. Sur les autres sites, les résultats n’étaient pas significatifs, mais dépendaient de l’environnement (accès à d’autres cultures, notamment).

Pour les pollinisateurs sauvages, la situation était claire sur tous les sites: les bourdons produisaient moins de reines en cas d’exposition aux pesticides, et les abeilles maçonnes moins d’œufs, résume Jeremy Kerr, biologiste à l’université d’Ottawa, dans un commentaire accompagnant les études.

Une des conclusions surprenantes est que la contamination des abeilles se fait par les fleurs sauvages, qui sont contaminées par les pesticides épandus sur les cultures. La preuve que les « zones d'action » des pesticides sont loin d'être confinées aux champs.

Ces études montrent « que les impacts des néonicotinoïdes sur les espèces d’abeilles incluent des combinaisons complexes d’effets létaux, sous-létaux et d’interactions qui augmentent les risques d’échec reproductif. De plus amples recherches visant à expliquer pourquoi les effets des néonicotinoïdes varient selon le type de culture, les espèces et l’environnement doivent être menées de façon urgente, pour permettre la conservation et la gestion des pollinisateurs », conclut Jeremy Kerr.



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