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Partir à la chasse de la « Great American Eclipse »

Par Maxime Bilodeau - 17/08/2017
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Lundi prochain, trois représentants de l’AstroLab du Mont-Mégantic seront en expédition aux États-Unis pour tenter d’observer l’éclipse totale de Soleil. Entrevue avec Sébastien Giguère, coordonnateur scientifique du centre d’activités astronomiques et l’un des trois chasseurs d’éclipse.

Pourquoi partez-vous à la chasse à cette éclipse?

Parce que c’est un phénomène astronomique rare – il y a près de 40 ans que l’ombre de la lune n’a pas traversé le continent nord-américain! Ni moi ni mes collègues n’avons eu la chance de l’observer au cours de nos vies. D’autant plus qu’il est relativement facile à chasser : son « chemin de totalité », la zone où l’ombre de la Lune longe la surface de la Terre quand elle balaye le Soleil, traverse une bonne partie des États-Unis. Nous nous sommes dit que c’était une occasion en or d’assister à ce que les Américains surnomment déjà la « Great American Eclipse ». Nous y allons d’ailleurs à titre personnel, certains diraient même en vacances!

Quel sera votre « plan d’attaque »?

Personnellement, je vais atterrir à Kansas City, dans le Missouri, avec mon fils et mon père, qui ont tous deux embarqué dans l’aventure. Là-bas, nous allons louer une voiture et rouler vers l’ouest ou l’est, selon les conditions météorologiques. Nous avons notamment étudié des cartes, comme celles offertes sur Eclipsophile, en prévision de ce spectacle. Les auteurs ont amassé les données météorologiques des vingt à trente dernières années afin d’établir la couverture nuageuse moyenne à divers endroits le 21 août. On y apprend, par exemple, que les chances d’avoir un ciel nuageux sont de 70 % près des Appalaches alors qu’elles sont d’à peine 15 à 20 % en Idaho.

Pourquoi cette éclipse totale de Soleil est-elle aussi excitante pour la communauté scientifique?

Elle permet d’observer un phénomène très rare : celui de la couronne solaire (voir photo). C’est la partie de l’atmosphère du Soleil qui brille plus faiblement que l’astre, mais où la température est paradoxalement plus élevée que sur la surface même. Normalement, ce sont des sondes spatiales qui font ce travail à l’aide de coronographe, un instrument qui permet de simuler des éclipses solaires. Cette fois-ci, des expériences et observations scientifiques des différentes caractéristiques de la couronne solaire se feront à même le sol. Quelques-unes auront même lieu à plus de 13 000 mètres dans les airs, à bord d’avions supersoniques qui permettent d’allonger la période d’observation de quelques minutes.

Quels sont les autres phénomènes scientifiques d’intérêt?

Les chercheurs se pencheront également sur les impacts de cette éclipse sur les atmosphères terrestres. Que se passe-t-il lorsque les rayons du soleil cessent soudainement de réchauffer ces dernières? À la surface, on sait par exemple que la température ambiante peut chuter rapidement – on a déjà observé des chutes allant jusqu’à 15 degrés Celsius! Dans la troposphère, en basse atmosphère, l’éclipse influence les vents. Dans l’ionosphère, en haute atmosphère, ce sont plutôt les satellites qui y circulent qui vont être perturbés. Du moins, en théorie : dans les faits, nous disposons de très peu de données à ce sujet. Lors d’un lever de soleil, les changements sont beaucoup plus graduels.

Pourra-t-on voir l’éclipse d'ici?

Au Québec, la Lune cachera environ de 40 % à 50 % du Soleil et le maximum de l’éclipse se produira vers 14 h 45, selon les régions. Au Canada, c’est à Victoria que l’éclipse sera la plus importante : un peu moins de 90 % du Soleil sera dissimulé vers 10 h 40. Pour l’occasion, un événement public spécial se tiendra à L’AstroLab l’après-midi du 21 août. Le grand public peut aussi assister à l’éclipse par l’entremise du site Web de la NASA, qui la webdiffusera. Et si vous la manquez, rassurez-vous : il sera possible de rattraper le coup le 8 avril 2024, alors qu’une éclipse totale du Soleil sera observable à partir du sud du Québec.

Photo : Luc Viatour - Wikimedia Commons
 

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