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Premiers embryons "corrigés" génétiquement aux États-Unis

Par Marine Corniou - 02/08/2017
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La revue MIT Review technology a rapporté le premier "essai connu de création d'embryons humains génétiquement modifiés aux États-Unis", par une équipe de la Oregon Health and Science University menée par Shoukhrat Mitalipov.

Les modifications génétiques ont été faites dans une soixantaine d'embryons (au stade d'une seule cellule, avant division) grâce à l'outil CRISPR-cas9 qui fait tant parler de lui dans les laboratoires (Voir notre reportage CRISPR: un scalpel génétique tout puissant). Notons que la technique est déjà utilisée avec succès en recherche chez les animaux.

Les travaux de Mitalipov, en collaboration avec une équipe coréenne, ont été publiés dans la revue Nature.

Les chercheurs ont réussi à corriger une mutation dans le gène MYBPC3 qui est responsable d'une cardiomyopathie hypertrophique (une maladie cardiaque) qui se révèle à l'âge adulte.

Plus précisément, les chercheurs ont utilisé des spermatozoïdes d'un homme atteint de la maladie pour féconder in vitro des ovocytes provenant d'une donneuse non atteinte. Dix-huit heures après la fécondation, ils ont injecté CRISPR-cas9 avec le gène 'sain' dans les embryons, mis en culture pendant 3 jours. Résultat, 72% des embryons étaient "corrigés", exempts du gène malade. Un succès.

Questions éthiques

À ce jour, seules trois études concernant la modification génétique d'embryons humains ont été publiées par des équipes chinoises.

La recherche de ce type sur l'embryon humain, illégale au Canada, est très controversée dans le monde scientifique (et dans la société). Avec une technique aussi peu chère et accessible, quels sont les risques de dérive? Dans quelle mesure pourra-t-on concevoir à moyen terme des embryons "sur mesure"? Les modifications génétiques ainsi introduites chez un embryon (dans la lignée dite germinale) seraient transmises aux générations suivantes, bien qu'il ne soit pour l'instant pas question d'implanter ces embryons modifiés en vue d'une grossesse.

Par ailleurs, CRISPR-cas9 a beau être un outil efficace, il n'est pas sans risque: en voulant modifier certains gènes de façon précise, les chercheurs remarquent qu'il y a beaucoup de coupures de l'ADN "hors cible", c'est-à-dire à des endroits du génome qui n'étaient pas initialement visés. Dans cette étude, les chercheurs n'ont pas rapporté de mutations hors cible.

Il n'aura fallu que quelques mois entre l'accord de principe des National Academies of Science des États-Unis sur la modification génétique d'embryons humains et l'annonce de ces premières expériences.

Ces travaux, qui ont franchi une limite taboue, marquent indéniablement le début d'une nouvelle ère en recherche et promettent des débats houleux.

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