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86e congrès de l'ACFAS

Reconstruire le passé des premiers fondateurs grâce à l'ADN

Par Annie Labrecque - 10/05/2018
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Des chercheurs tentent de reconstruire une partie du passé généalogique des premiers Québécois à l’aide d’ossements datant du 19e siècle.

Pendant des travaux de construction dans la ville de Sainte-Marie, en Beauce, on découvre en 2003 les vestiges d’un ancien cimetière aux abords de la rivière Chaudière. Ce cimetière, qui a été utilisé de 1748 à 1879, abritait plus de 600 sépultures. À cette époque, plusieurs tombes restaient anonymes.

En 2013, des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université du Québec à Trois-Rivières essaient de retrouver les premiers arrivants au Québec. Afin de détecter des correspondances familiales entre les individus d’une génération à une autre, les scientifiques analysent l’ADN du chromosome Y (qui se transmet de père en fils) et l’ADN mitochondrial (qui se transmet de la mère à ses enfants, peu importe le sexe).

Le cimetière de Sainte-Marie devient alors un point de départ dans leur quête même si celui-ci ne date pas du début de la colonisation. Ils ont ainsi pu recueillir les restes de six défunts, qui sont tous des hommes. «C’est un projet pilote où l’idée principale est de reconstruire le génome des premiers fondateurs qui sont arrivés au Québec. Cela nous servira à obtenir l’épidémiologie des maladies génétiques et l’évolution de la population québécoise», indique Tommy Harding, chercheur postdoctoral à l’Université de Montréal.

Fouiller le passé
Mais pas évident de trouver de l’ADN bien préservé dans des échantillons vieux de plus de 200 ans! Pour dresser les profils génétiques de ces personnes, l’équipe de chercheurs a extrait l’ADN à partir des dents et des os temporaux du crâne.

«C’est tout un défi, car les restes humains ont été exposés aux inondations puisqu’ils étaient enterrés tout près de la rivière Chaudière. L’ADN s’est aussi dégradé avec le temps et avec les mauvaises conditions de conservation. Nous avons réussi à extraire une petite quantité d’ADN, mais les risques de contamination sont très élevés avec le matériel génétique de microorganismes présents dans le sol», souligne Tommy Harding.

Pour le moment, l’équipe s’affaire à valider et à authentifier les données qu’ils ont extraites. L’analyse n’est pas terminée, mais jusqu’à présent, Tommy Harding n’a pas trouvé de correspondance entre ces ancêtres beaucerons et un groupe de 971 Québécois, dont il possédait le profil génétique.

«On a besoin de les identifier pour pouvoir les relier à la généalogie du Québec et étudier comment l’information génétique est transmise d’un ancêtre à ses descendants», raconte Tommy Harding. Pour continuer leur quête généalogique, le groupe de chercheurs pourrait aussi tenter l’expérience dans d’autres cimetières, comme celui de Notre-Dame, à Montréal. «Le Québec est un très beau laboratoire pour l’étude de la génétique des populations», conclut-il.

Le chercheur Tommy Harding et ses collègues ont présenté leurs résultats mardi dernier pendant le congrès de l'ACFAS.
 
À lire aussi:
- Entrevue avec Claudia Moreau du CHU Sainte-Justine, qui participe au projet

À écouter:
- Notre podcast sur L'effet fondateur, en 7 épisodes

Photo: Wikimedia Commons

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