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85e congrès annuel de l’Acfas

Zika: mieux connaitre l'ennemi

Par Joël Leblanc - 12/05/2017
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Le virus Zika, qui sévit surtout sous les tropiques, ne tardera pas à s'étendre aux latitudes plus fraîches. Des chercheurs travaillent à mieux le connaitre pour être prêt à le combattre.

Ce n'est pas seulement pour leurs problèmes techniques que les Jeux olympiques de Rio ont fait les manchettes à l'été 2016. On parlait aussi beaucoup des risques pour les athlètes de contracter le Zika en passant quelque temps au Brésil. Le pays était alors en état d'alerte face à cette maladie peu connue dont la plus grave conséquence, des enfants qui naissent avec des cerveaux atrophiés, frappait fortement les esprits.

"La maladie est connue depuis 1947, rappelle Michel Tremblay, chercheur en immunologie et en rétrovirologie humaine au CHU de Québec, qui présente ses travaux dans le cadre du 85e congrès de l'Acfas. Mais maintenant qu'elle est à nos portes, la recherche s'amorce enfin et on tente de mieux la cerner. Le vecteur de la maladie est un moustique et des captures de celui-ci en Floride ont montré qu'il est porteur du virus dans la nature sur ce territoire. Ce n'est qu'une question de temps pour que tout le sud des États-Unis soit à risque et avec le réchauffement du climat, ça montera tranquillement au nord avec les moustiques."

La maladie n'est pourtant pas si dommageable chez l'adulte. Une fois le virus entré dans le corps par la piqûre de l'insecte, le système immunitaire fait son travail et l'épisode s'éteint après quelques jours. "Les symptômes sont tout au plus ceux d'une grippe avec fièvre et courbatures, explique le chercheur. Plusieurs personnes ne présentent pas de symptômes du tout."

Neurones ciblés

Mais la cible du virus, ce sont les cellules nerveuses, ou neurones, qu'il détruit en les utilisant pour se répliquer. Une mère, porteuse du virus, peut le transmettre à son enfant durant la grossesse, ce qui peut causer de graves dégâts: il attaque les neurones et compromet le développement du cerveau. D'où les cas de microcéphalie.

"Nous avons voulu connaître l'interaction du virus avec le système immunitaire, explique Michel Tremblay. En laboratoire, nous avons mis plusieurs souches du virus en présence de différents types de cellules immunitaires humaines et avons constaté qu'il ne pouvait pas infecter plusieurs d'entre eux, comme les lymphocytes T. Mais il y parvient avec les macrophages."

Lorsqu'une attaque virale survient, le rôle des macrophages est d'ingérer (phagocyter) les virus pour les digérer en fragments qui servent ensuite de repères pour les autres cellules immunitaires afin qu'elles reconnaissent le virus. "Mais le virus Zika parvient à contourner ce système: il entre dans le macrophage mais survit. Il réussit même à se répliquer à l'intérieur de celui-ci et à en ressortir, sans tuer la cellule."

Le virus obtient donc des renforts des cellules mêmes qui sont censées le détruire, ce qui fait encore plus de virus pour attaquer les neurones et qui ralentit la réponse immunitaire.

"Même s'il est connu depuis 70 ans, résume le chercheur, c'est maintenant qu'on apprend à faire sa connaissance. Il a des stratégies d'infection inusitées qu'il faut comprendre et déjouer avant qu'il ne s'installe en Amérique du Nord."


Photo: taciophilip/depositphotos

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