Environnement

Boule de cristal pour végétaux

On peut maintenant prédire l’avenir des champs et des forêts. De quoi éviter bien des erreurs coûteuses pour l’environnement.

par Olivier Rey

Le 21 novembre 2006 — Une découverte québécoise pourrait révolutionner la gestion des écosystèmes. Bill Shipley, professeur de biologie à l’Université de Sherbrooke, vient en effet de mettre au point un moyen de prévoir l’évolution des plantes dans un endroit donné, à l’aide de critères très faciles à mesurer.

«On se base sur certains traits caractéristiques des plantes qui vivent dans un milieu, explique Bill Shipley. Cela peut être la capacité des feuilles à capter la lumière, la quantité de graines, la hauteur des plantes, la profondeur de leurs racines, etc. En fonction de ces attributs, il est possible de prévoir comment va évoluer le milieu étudié, c’est-à-dire de prédire quelles plantes vont résister et prendre le dessus, lesquelles vont au contraire disparaître, lesquelles seront les plus nombreuses, et ainsi de suite.»

Cet outil pourrait devenir un atout précieux pour les ingénieurs forestiers, les gestionnaires d’espaces publics, les chercheurs en environnement. Prenons, par exemple, les abords des voies ferrées dans le nord du Canada. Chaque année, des incendies sont provoqués au passage des convois lorsque les freins émettent des étincelles. «Grâce à notre modèle, nous pourrions choisir les types de plantes les plus appropriés pour survivre dans de tels endroits, dit Bill Shipley. Elles seraient plus résistantes au feu tout en étant complètement adaptées à l’environnement. Et nous saurions également comment ce milieu va évoluer dans l’avenir.»

Il serait aussi plus facile d’évaluer l’impact de l’introduction d’une espèce étrangère dans un écosystème. «Il y a de nombreux exemples de plantes qui envahissent un milieu donné après y avoir été introduites sciemment ou par inadvertance, explique le chercheur. Nous pourrions maintenant savoir si une plante déterminée, implantée à tel ou tel endroit, serait potentiellement dangereuse. Si c’est le cas, cela permettrait de prendre des mesures préventives plus importantes pour éviter une contamination.»

Pour mettre au point son système et surtout le valider, Bill Shipley et ses collaborateurs se sont tournés vers la France. Il existe là-bas, dans le sud, des vignobles abandonnés et scrupuleusement suivis depuis 42 ans. Régulièrement, des relevés très précis des plantes qui poussent sur ces terres sont établis. En appliquant ses propres calculs à ces parcelles, le chercheur de l’Estrie est parvenu à une concordance de 94% avec les résultats trouvés sur le terrain. Et ce, à partir de seulement huit traits caractéristiques des plantes du milieu. Une excellente performance.

Le modèle de Bill Shipley s’avérerait donc quasiment infaillible pour lire l’avenir des champs et des forêts. En tout cas, bien plus efficace qu’une boule de cristal.
 
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