Environnement

Des OGM en forêt?

Des arbres transgéniques poussent à l’air libre à deux pas de Québec. Une expérience qui ne fait pas l’unanimité.

par Yan Turgeon

Le 30 novembre 2006 – Depuis près de 10 ans, des peupliers et des épinettes transgéniques poussent à l’air libre dans une plantation des Laurentides, près de Québec. Armand Séguin, du Service canadien des forêts, mène ces expériences pour vérifier l’impact des arbres génétiquement modifiés (AGM) sur l’écosystème forestier.

Le microbiologiste et son équipe ont notamment fait pousser des épinettes auxquelles ils avaient ajouté un gène de Bacillus thuringiensis (Bt), une bactérie qui produit un insecticide utilisé contre la tordeuse des bourgeons d’épinette, de façon à ce que les arbres produisent eux-mêmes la toxine.

Pendant toute la durée de l’expérience, les épinettes transgéniques ont résisté aux assauts répétés des légions de tordeuses introduites par les chercheurs. Armand Séguin rêve déjà d’applications dans la sylviculture industrielle. Selon lui, le procédé pourrait bien mettre un terme à la vaporisation d’insecticides et aux «coupes à blanc préventives» destinées à préserver les forêts de conifères des invasions du minuscule ravageur.

«Il s’agit d’un gène très spécifique qui ne rend pas l’arbre résistant à tous les insectes de l’écosystème», souligne le docteur en sciences forestières. Les oiseaux insectivores n’ont donc pas à craindre la famine: même si les épinettes Bt repoussent la tordeuse, elles n’en demeurent pas moins hospitalières pour les autres bestioles qui pullulent le long des troncs et qui font le délice de la gent ailée.

La forêt de demain sera-t-elle transgénique? C’est ce que craint Greenpeace, qui exige l’arrêt immédiat de ces essais. L’organisation rappelle que le pollen des épinettes peut parcourir jusqu’à 3000 km et être fertile jusqu’à 60 km. Les écologistes font valoir que les essais d’AGM menés à Québec pourraient ainsi contaminer un large pan de la forêt laurentienne.

C’est peu probable, répond Armand Séguin, qui précise qu’aucun des arbres GM cultivés à proximité de Québec n’avait atteint sa maturité sexuelle au terme de l’expérience. Les arbres, qui seront essouchés au cours de l’hiver, n’ont donc produit ni fruits, ni cocottes susceptibles de répandre leurs gènes dans les sous-bois.

Les chercheurs ont aussi voulu vérifier s’il était possible que des transgènes d’arbres modifiés soient absorbés par des champignons ou des microorganismes du sol lors de la décomposition des feuilles ou des racines.

Pour répondre à cette question, ils ont introduit un gène marqueur dans des peupliers. Ce gène bien connu des scientifiques produit une coloration bleue lorsque l’arbre est blessé. Cette couleur étant très rare dans la nature, il était alors facile de traquer la dispersion du transgène dans l’écosystème forestier, notamment dans le sol. Jusqu’à maintenant, on n’a observé aucun transfert dans l’environnement, mais on promet de suivre l’évolution du terrain pendant encore deux ou trois ans.
 
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