Environnement

L'Antarctique rétrécit

Des chercheurs mesurent pour la première fois la masse que l’Antarctique perd chaque année.

par Joël Leblanc

Le 21 mars 2006 — On savait que l'Antarctique était en train de s’effriter. À cause du réchauffement planétaire, la glace fond en périphérie plus rapidement que la neige ne peut s’accumuler au centre. On sait maintenant à quel rythme: entre 2002 et 2005, le pôle Sud a perdu de 72 à 232 km3 de glace par année. C’est l’équivalent de 70 à 220 fois la consommation annuelle d'eau potable de l’ensemble des Québécois.

«L’eau auparavant emprisonnée sur le continent s'écoule vers la mer et fait monter son niveau, explique John Whar, professeur de physique à l’Université du Colorado et coauteur de l’étude parue dans la revue Science. La fonte que nous avons mesurée a entraîné une hausse de 0,4 mm par année du niveau global des océans, soit environ 13% de l'augmentation totale observée.»

Pour mener à bien leurs calculs, John Whar et sa collègue se sont servis du champ gravitationnel de la Terre. La force avec laquelle le sol nous attire vers lui dépend de la densité de la matière qui se trouve sous nos pieds. Plus le sol et le sous-sol sont denses, plus le champ gravitationnel est fort.

Ces variations, imperceptibles pour nous, peuvent être détectées par des appareils très sensibles: les satellites qui gravitent au-dessus de nos têtes. Selon la masse du secteur qu’ils survolent, ils sont soumis à une force gravitationnelle plus ou moins forte, et voient ainsi leur vitesse modifiée.

Depuis mars 2002, le Centre pour la recherche spatiale de l'Université du Texas, à Austin, met ce phénomène à profit. Le projet GRACE (pour «Gravity Recovery And Climate Experiment»), développé avec la NASA, fait appel à deux satellites jumeaux. Gravitant à 220 km l’un de l’autre, les engins s’observent mutuellement à mesure qu’ils orbitent en tandem autour de la Terre, à 500 km d’altitude.

Si l'un accélère, l'autre le détecte instantanément, et vice versa. Des variations de l'ordre du micromètre dans la distance qui les sépare peuvent être détectées et permettent de déduire la masse survolée.

La marge d’erreur quant à la quantité de glace fondue – 152 km3 plus ou moins 80 km3 par an – est due à l’incertitude liée aux mouvements des plaques tectoniques sous la glace de l'Antarctique. Ces déplacements ont pour effet de redistribuer la masse de la croûte terrestre et peuvent ainsi fausser les mesures.

«Mais une chose est sûre: l'Antarctique fond, souligne John Wahr. Et même s’il est trop tôt pour l’affirmer avec certitude, le rythme de la fonte semble aller en s'accélérant.»
 
.