Environnement

L'envers de la médaille

La pollution atmosphérique pourrait atténuer la hausse des émissions de gaz à effet de serre.

par Julie Picard

Le 22 août 2007 – Bénéfique, la pollution? Dans certains cas, oui! Selon une équipe internationale de chercheurs, certains polluants atmosphériques favoriseraient l’absorption du CO2, le principal gaz à effet de serre, par les arbres. La pollution pourrait-elle donc contribuer à atténuer les changements climatiques?

Les chercheurs se sont penchés sur les oxydes d’azote, des polluants qui se forment lors de la combustion du pétrole ou du gaz naturel. Les tuyaux d’échappement des voitures et les cheminées des usines, notamment, envoient dans l’air ces molécules nocives, qui sont ensuite retournées aux végétaux par la neige, la pluie ou le brouillard. D’où les fameuses pluies acides.

Or, les feuilles des arbres ont besoin d’azote pour effectuer la photosynthèse, qui consiste à capter le CO2 dans l’atmosphère et à le transformer en réserves d’énergie. Un apport supplémentaire en azote augmente donc la capacité des plantes de pomper du gaz carbonique. Pour chaque kilo d’azote déposé dans l‘écosystème, 400 kilos de carbone sont absorbés par les végétaux, ont calculé les chercheurs!

Le hic, c’est que ce phénomène peut endommager les forêts à long terme. On craint en effet une saturation en azote d’ici quelques dizaines d’années. «Quand les plantes ne pourront plus assimiler l’azote, il restera emprisonné dans la matière organique. Le sol va alors s’acidifier, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques, comme une diminution de la fertilité du sol et une perte de vitalité des arbres. Ces déséquilibres nuiront tant aux espèces végétales qu’animales», dit Frank Berninger, professeur de sciences biologiques à l’UQAM et co-auteur de l’article publié cet été dans la revue Nature.

Un autre type d’activité humaine a cependant l’effet contraire sur le carbone: les coupes forestières tendent à augmenter la concentration de CO2 dans l’air. En plus d’accomplir la photosynthèse, les arbres respirent. Pour ce faire, ils convertissent leurs réserves énergétiques en sucres et relâchent du CO2 dans l’atmosphère. À l’inverse des arbres plus anciens, les jeunes arbres respirent davantage qu’ils ne font de photosynthèse puisque leur priorité est de croître et non d’accumuler des réserves. Résultat: ils rejettent beaucoup plus de gaz carbonique qu’ils n’en assimilent. Ainsi, chaque fois qu’on coupe des arbres et qu’on les remplace par de jeunes pousses, on contribue à hausser la concentration de ce gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Pour que nos arbres soient encore considérés comme les poumons de la Terre, laissons-les respirer un peu…

 
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