Environnement

Mon pays, c'est l'hiver

Le Québec, terre d’avalanches? Elles seront en tout cas de plus en plus fréquentes, conséquence du réchauffement climatique.

par Joël Leblanc

Le 19 décembre 2006 – La neige tarde à venir cette année. Cette apparente absence d'hiver ne doit pas nous faire oublier que nous vivons en pays nordique. Au Québec, les avalanches de neige sont le deuxième risque naturel le plus meurtrier, tout juste derrière les glissements de terrain.

«Depuis 1825, au moins 70 personnes sont mortes dans 40 accidents attribuables aux avalanches de neige», précise Daniel Germain, géographe spécialiste de ces phénomènes naturels et conseiller en sécurité publique pour différents ministères. Ces chiffres, il les a obtenus en fouillant des rapports de coroners et des articles de journaux d'époque. Les avalanches sont considérées ici comme rares, par rapport à l'ouest du pays, et on en sous-estime le danger. Et pourtant, il suffit de peu pour en provoquer une.

Tout ce qu'il faut, c'est une pente de 30 à 45 degrés, dominée par un grand plateau sans arbre. Lors d’une journée de tempête où la poudreuse tourbillonne, une bonne masse de neige peut se déposer au sommet. Si elle s'est accumulée sur une vieille croûte durcie ou sur de la glace, l'édifice est instable et peut «décrocher» à tout moment. C'est ce qui se produit toutes les semaines de l'hiver quelque part dans le massif des Chic-Chocs, en Gaspésie, coûtant parfois la vie à des randonneurs...

Le risque est donc bien réel et le défi est de le gérer intelligemment. Pour y parvenir, Daniel Germain, également professeur à l'Université de Moncton, à Shippagan, a mené une étude dans 12 couloirs d'avalanches du parc national de la Gaspésie. Grâce aux cicatrices que laissent ces événements sur les arbres, il a pu retracer l'historique des avalanches survenues entre 1895 et 1999. Mieux, il a pu donner à chaque avalanche une date précise, en se servant des cernes de croissance des arbres comme d’un calendrier.

En comparant ces données avec les archives météorologiques, il a constaté que les années les plus «avalancheuses» correspondaient à celles où la météo avait connu les pires extrêmes: redoux inhabituels suivis de froids intenses, puis de pluie... «La fréquence des grosses avalanches de neige s'est accrue depuis le milieu du XXe siècle», ajoute le chercheur. Et comme les climatologues prédisent que la météo sera davantage ponctuée d'extrêmes, conséquence du réchauffement de la planète, il faut s'attendre à des avalanches de plus en plus courantes au cours des prochaines décennies.

Les gestionnaires de parcs montagneux et autres sites touristiques à risque sont donc prévenus. Ils devront renforcer les mesures de sécurité autour de leurs infrastructures et sensibiliser davantage leurs utilisateurs au danger.

Mais ces événements sont loin de se produire seulement dans les montagnes isolées. «Au fil des ans, les avalanches ont frappé dans des environnements inattendus: court talus, falaise, ravin... souvent en milieu résidentiel. Aucune région n'est plus ou moins à risque qu'une autre.» Du moins lorsque l'hiver est blanc...
 
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