Espace

Ça rigole sur Mars

On a trouvé des rigoles asséchées sur la planète rouge. De l’eau y aurait-elle coulé il y a quelques années à peine?

par Thomas Gervais

Le 22 décembre 2006 – Avec une température au sol de –63ºC en moyenne, Mars est bien le dernier endroit où on s’attendrait à trouver les traces d’une source ou d’un torrent. Et pourtant, c’est bien ce que le satellite de reconnaissance Mars Global Surveyor (MGS) semble avoir découvert en patrouillant les cieux inhospitaliers de la planète.

Avant que la NASA perde brusquement sa trace le mois dernier, le satellite a transmis à la Terre plus d’un demi-million de clichés de la planète rouge. Durant ses dix ans de vie active, MGS a identifié des milliers de longues rigoles semblables à des lits de rivière asséchés. Selon Michael Malin, directeur de Malin Space Science Systems et responsable de l’analyse des photographies, ces sillons auraient été creusés par un fluide ayant toutes les caractéristiques de l’eau.

Comble de chance, MGS a pu saisir plusieurs de ces sillons en flagrant délit d’activité en les photographiant à deux reprises, à cinq années d’intervalle. Les chercheurs se sont vite rendu compte que certains s’étaient remplis d’une matière blanchâtre dans ce court laps de temps: débris glacés d’un récent écoulement d’eau pour les plus optimistes, simples avalanches de poussière pour les plus sceptiques.

«Le problème, c’est que nous n’avons que des photos. Pas d’analyse chimique, pas de spectroscopie, rien. Nous n’avons pour l’instant aucune façon de trancher», commente Robert Lamontagne, astrophysicien à l’Université de Montréal.

Les arguments penchent pourtant en faveur de l’eau, soutient-il. Les robots-sondes Spirit et Opportunity, qui parcourent la planète rouge depuis 2003, ont déjà permis de déceler la présence de beaucoup d’eau dans le sol martien… mais jamais encore sous forme liquide. «S’il y a des poches de glace, elles peuvent se réchauffer sous l’effet du soleil ou de sources de chaleur dans le sol, et jaillir à la surface sous forme liquide», suggère le professeur. C’est l’hypothèse que soutiennent Michael Malin et ses collègues dans l’édition de la revue Science du 8 décembre dernier.

Le froid a beau y être glacial, la température sur Mars oscille grandement au gré des saisons. Les jours de canicule, à l’équateur, elle peut avoisiner et même dépasser le point de congélation. Et les rigoles blanchâtres détectées par MGS se trouvaient justement à proximité des tropiques.

De l’eau liquide dans des conditions météorologiques «clémentes»: de quoi stimuler l’imagination des scientifiques, qui y voient déjà des colonies de microbes martiens prêts à être ramenés sur Terre pour étude. «Nous connaissons plusieurs bactéries qui vivent sur Terre dans le pergélisol, bien en deçà du point de congélation, explique Robert Lamontagne, qui enseigne aussi l’astrobiologie. Il n’est pas improbable que ce genre de vie existe sur Mars.» Mais pour la détecter, il faudra attendre qu’une nouvelle génération de robots, équipés pour faire des analyses biochimiques, soit expédiée chez notre plus proche voisine.

Entre temps, le mystère des rigoles de Mars devrait bientôt être élucidé. La sonde Mars Reconnaissance Orbiter, lancée en 2005, sera capable de discerner des objets de moins de 5 mètres à la surface de la planète. La défunte MGS possédait une résolution d’à peine quelques centaines de mètres. Doté de la plus récente technologie, le nouvel appareil ira survoler les mêmes sillons, pour une troisième et décisive fois.
 
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