Espace

Des pulsars qui bégaient

Un tout nouveau type de corps céleste a été découvert: des cousins des pulsars?

par Joël Leblanc

Le 23 février 2006 — Les astronomes ont de quoi célébrer: la famille des étoiles à neutrons vient de s'agrandir! On connaissait déjà les trous noirs, les pulsars et les magnétars. Les nouveaux venus, pour l’instant baptisés «Rotating Radio Transients», ou RRAT, sont comme de drôles de pulsars qui émettent des pulsations radio imprévisibles.

En quatre ans d'observations, 11 spécimens ont été découverts par une équipe internationale. La trouvaille vient de faire l’objet d’une publication dans la revue Nature.

Les étoiles à neutrons sont des astres extrêmement massifs, d'anciennes étoiles géantes dont le «carburant» s'est épuisé et dont la vie active est terminée.

«Après avoir explosé en supernova, ces géantes se sont contractées sur elles-mêmes du fait de leur très grande masse, explique Scott Ransom, astrophysicien à l’Observatoire national de radioastronomie de Charlottesville, en Virginie, et spécialiste des pulsars. L'immense pression engendrée en leur sein a fusionné les électrons et les protons de chacun de leurs atomes. Il n’est resté que des neutrons.»

Comme le laisse deviner leur nom, les neutrons n'ont aucune charge électrique, ce qui leur permet de se côtoyer de très près sans se repousser les uns les autres. Malgré leur masse très importante, les étoiles à neutrons sont donc toutes petites – à peine quelques dizaines de kilomètres de diamètre. Mais quelle densité! Une cuillère à thé d'étoile à neutrons pèserait un milliard de tonnes.

Les pulsars (contraction de «pulsating stars») sont un type particulier d'étoiles à neutrons à rotation très rapide qui, comme des gyrophares qui balaient le cosmos, émettent un faisceau concentré d'ondes radio à chaque pôle. Chaque fois que ce faisceau atteint la Terre, nos radiotélescopes perçoivent un «clic».

Depuis leur découverte en 1967, les pulsars nous avaient habitués à une régularité de métronome: les plus lents émettent une pulsation toutes les quatre secondes tandis que le plus rapide connu «clique» 716 fois par seconde.

Contrairement à leurs homologues très constants, les RRAT bégaient! Ils envoient des salves d'ondes radio qui durent de deux à trente millisecondes, séparées par des silences irréguliers qui peuvent varier entre quatre minutes et trois heures.

C’est grâce au radiotélescope Parkes de la province de New South Wales, en Australie, que les astrophysiciens les ont repérés.

«Les RRAT seraient des pulsars qui tournent normalement, mais qui n'émettent leurs ondes radio que de temps en temps, avance Scott Ransom. Les chercheurs ne disposent d’aucun indice pour expliquer ce comportement bizarre. Toutefois, on sait déjà que certains pulsars "ordinaires" émettent parfois, mystérieusement, des pulsations extra fortes. Les RRAT sont peut-être des pulsars de ce type, mais dont les pulsations normales sont simplement trop faibles pour être détectées. Il pourrait aussi s'agir d'une étape normale dans la mort d'une étoile, pendant laquelle elle émet ses derniers toussotements avant de s'éteindre à jamais.»



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