Espace
Où se cache la vie?
S’il existe bel et bien une vie extraterrestre, l’astrobiologiste G. Scott Hubbard croit savoir où et comment la trouver.
par Thomas Gervais
Le 24 mars 2007 – «D’où venons-nous? Sommes-nous seuls? Où allons-nous?» Telles sont les trois questions fondamentales qui motivent la recherche en astrobiologie, déclare G. Scott Hubbard devant la foule enthousiaste. Depuis qu’il a fondé cette nouvelle branche de la physique, en 1996, des milliers de scientifiques l’ont rejoint dans la quête de ce qui n’existe peut-être pas: la vie ailleurs dans l’espace. Chercheur au Centre d’études sur la vie dans l’Univers Carl Sagan de l’Institut SETI, en Californie, il prononçait récemment une conférence sur le sujet à l’Université McGill.
Mais où chercher? Dès 1976, la sonde Viking avait tenté, en vain, de découvrir de la vie sur Mars. L’idée était loin d’être mauvaise, mais l’entreprise était vouée à l’échec car l’appareil cherchait des indices n’importe où, à proximité de son point d’atterrissage. Il fallait une approche beaucoup plus méthodique.
«Suivons les traces d’eau liquide dans le système solaire», a alors proposé G. Scott Hubbard. C’était en 2001, alors qu’il était responsable de la planification de l’exploration de la planète Mars à la NASA – un programme qui engloutit chaque année près de 600 millions de dollars américains.
Il y a quelques mois, cette approche a donné ses premiers résultats concluants. Le satellite Mars Global Surveyor a observé d’immenses lits de rivières asséchés qui pourraient très récemment avoir transporté de l’eau sous forme liquide («Ça rigole sur Mars»). D’ici quelques mois, un nouveau satellite imaginé par Hubbard – Mars Reconnaissance Orbiter – pourra confirmer sans l’ombre d’un doute s’il s’agit bel et bien de «rivières martiennes». Cet appareil est si puissant qu’il pourrait distinguer un ballon de volleyball à la surface de la planète rouge. «C’est un véritable satellite espion. S’il y a des êtres vivants sur Mars, j’espère au moins qu’ils ne seront pas offusqués par sa présence», lance G. Scott Hubbard à la blague.
Une fois les éventuels points d’eau identifiés, la NASA y enverra sa prochaine sonde dès 2009: équipé d’un laboratoire de chimie et de géologie hautement perfectionné, le Mars Science Lab pourra confirmer la présence de ce liquide vital et analyser la composition du sol aux alentours. Si tous les éléments nécessaires à la vie sont observés, la NASA expédiera une sonde dotée d’un véritable laboratoire de biologie sur la surface de notre voisine. L’appareil, voué entièrement à l’avancement de l’astrobiologie, devrait s’envoler d’ici six ou sept ans… à condition que les pourparlers aboutissent et que l’agence spatiale américaine donne son feu vert.
Les scientifiques ne limitent cependant pas leurs efforts à la planète rouge. Europa, l’une des lunes de Jupiter, et Encelade, un satellite de Saturne, sont des cibles extrêmement prometteuses à moyen terme. Europa serait en fait un gigantesque océan recouvert d’une épaisse couche de glace. Quant à Encelade, les immenses geysers qui jaillissent de son pôle sud semblent indiquer qu’elle renferme de grandes quantités d’eau liquide.
En ce qui concerne la vie à l’extérieur du système solaire, elle est, bien évidemment, encore plus difficile d’accès. Le télescope Kepler, dont le lancement est prévu en novembre 2008, se chargera prochainement de cette mission. En orbite autour du Soleil, il scrutera les étoiles les plus proches afin d’y repérer des exoplanètes – les planètes hors du système solaire – qui pourraient avoir les mêmes caractéristiques que la Terre (température, taille, composition, etc.).
Tous les investissements en astrobiologie sont à haut risque, mais aussi à très haut rendement, note G. Scott Hubbard. «Si une seule de ces missions confirme l’existence de la vie ailleurs que sur la Terre, avance-t-il, cette découverte occupera nos philosophes et nos théologiens pendant plusieurs décennies.»
par Thomas Gervais
Le 24 mars 2007 – «D’où venons-nous? Sommes-nous seuls? Où allons-nous?» Telles sont les trois questions fondamentales qui motivent la recherche en astrobiologie, déclare G. Scott Hubbard devant la foule enthousiaste. Depuis qu’il a fondé cette nouvelle branche de la physique, en 1996, des milliers de scientifiques l’ont rejoint dans la quête de ce qui n’existe peut-être pas: la vie ailleurs dans l’espace. Chercheur au Centre d’études sur la vie dans l’Univers Carl Sagan de l’Institut SETI, en Californie, il prononçait récemment une conférence sur le sujet à l’Université McGill.
Mais où chercher? Dès 1976, la sonde Viking avait tenté, en vain, de découvrir de la vie sur Mars. L’idée était loin d’être mauvaise, mais l’entreprise était vouée à l’échec car l’appareil cherchait des indices n’importe où, à proximité de son point d’atterrissage. Il fallait une approche beaucoup plus méthodique.
«Suivons les traces d’eau liquide dans le système solaire», a alors proposé G. Scott Hubbard. C’était en 2001, alors qu’il était responsable de la planification de l’exploration de la planète Mars à la NASA – un programme qui engloutit chaque année près de 600 millions de dollars américains.
Il y a quelques mois, cette approche a donné ses premiers résultats concluants. Le satellite Mars Global Surveyor a observé d’immenses lits de rivières asséchés qui pourraient très récemment avoir transporté de l’eau sous forme liquide («Ça rigole sur Mars»). D’ici quelques mois, un nouveau satellite imaginé par Hubbard – Mars Reconnaissance Orbiter – pourra confirmer sans l’ombre d’un doute s’il s’agit bel et bien de «rivières martiennes». Cet appareil est si puissant qu’il pourrait distinguer un ballon de volleyball à la surface de la planète rouge. «C’est un véritable satellite espion. S’il y a des êtres vivants sur Mars, j’espère au moins qu’ils ne seront pas offusqués par sa présence», lance G. Scott Hubbard à la blague.
Une fois les éventuels points d’eau identifiés, la NASA y enverra sa prochaine sonde dès 2009: équipé d’un laboratoire de chimie et de géologie hautement perfectionné, le Mars Science Lab pourra confirmer la présence de ce liquide vital et analyser la composition du sol aux alentours. Si tous les éléments nécessaires à la vie sont observés, la NASA expédiera une sonde dotée d’un véritable laboratoire de biologie sur la surface de notre voisine. L’appareil, voué entièrement à l’avancement de l’astrobiologie, devrait s’envoler d’ici six ou sept ans… à condition que les pourparlers aboutissent et que l’agence spatiale américaine donne son feu vert.
Les scientifiques ne limitent cependant pas leurs efforts à la planète rouge. Europa, l’une des lunes de Jupiter, et Encelade, un satellite de Saturne, sont des cibles extrêmement prometteuses à moyen terme. Europa serait en fait un gigantesque océan recouvert d’une épaisse couche de glace. Quant à Encelade, les immenses geysers qui jaillissent de son pôle sud semblent indiquer qu’elle renferme de grandes quantités d’eau liquide.
En ce qui concerne la vie à l’extérieur du système solaire, elle est, bien évidemment, encore plus difficile d’accès. Le télescope Kepler, dont le lancement est prévu en novembre 2008, se chargera prochainement de cette mission. En orbite autour du Soleil, il scrutera les étoiles les plus proches afin d’y repérer des exoplanètes – les planètes hors du système solaire – qui pourraient avoir les mêmes caractéristiques que la Terre (température, taille, composition, etc.).
Tous les investissements en astrobiologie sont à haut risque, mais aussi à très haut rendement, note G. Scott Hubbard. «Si une seule de ces missions confirme l’existence de la vie ailleurs que sur la Terre, avance-t-il, cette découverte occupera nos philosophes et nos théologiens pendant plusieurs décennies.»