Espace
Stardust rentre au bercail
La sonde Stardust revient sur Terre, chargée de poussières de comète. Retour sur l’une des missions les plus ambitieuses de la Nasa.
par Joël Leblanc
Le 13 janvier 2006 – Un corps céleste fonce vers nous à une vitesse de 46 000 km/h. Tôt le matin du 15 janvier, après un voyage de plus de 4 milliards et demi de kilomètres, il touchera terre dans l’État américain de l’Utah. Catastrophe en vue? Au contraire: c’est à ce moment que la Nasa pourra enfin récupérer la poussière cométaire que la sonde Stardust, lancée il y a presque sept ans, est allée cueillir dans le sillage de la comète Wild 2.
«D’un point de vue technique, Stardust aura été l'une des missions les plus ambitieuses de la Nasa, précise Don Brownlee, professeur d’astronomie à l'Université de Washington, à Seattle, et chercheur principal du projet. La tâche était délicate: envoyer une petite sonde dans l'espace, lui faire faire trois fois le tour du Soleil, puis lui faire frôler une comète d’assez près pour qu'elle en attrape quelques particules… alors que la comète se déplace plus vite que la sonde! Il faut maintenant rapatrier cette cargaison sans l'abîmer et, surtout, sans qu’elle soit contaminée par des poussières terrestres.»
La sonde, dont la mise au point a coûté plus de 168 millions de dollars américains, rapportera tout au plus quelques milligrammes de poussières de comète. Mais pourquoi se donner tant de mal? Parce que ces petits astres gelés, qui décrivent des orbites elliptiques autour du Soleil, sont des échantillons de la matière première du système solaire.
Il y a quatre milliards et demi d’années, le Soleil, avec son cortège de planètes et d'astéroïdes, n’était qu'un énorme nuage de particules. Avec le temps, sous l’influence de la gravité, ces poussières se seraient agglutinées pour former de petits astres, puis des corps plus imposants, qui sont ensuite devenus de petites planètes et, enfin, des plus grosses. «Sur Terre, l'érosion, le volcanisme et les autres phénomènes géologiques ont effacé les traces de cette histoire, explique Laurent Drissen, astrophysicien à l'Université Laval, à Québec. Si on veut vérifier la validité de la théorie, il faut chercher la matière originelle ailleurs.» Parmi les petits astres formés au commencement, quelques-uns sont restés intacts et ont dessiné leur propre orbite autour du Soleil: ce sont les comètes.
Ces corps célestes renferment donc des molécules datant des premiers balbutiements du système solaire. Quand les comètes s’approchent du Soleil, elles se réchauffent et des gaz chargés de poussière s’évaporent de leur surface: voilà ce qui crée leur fameuse queue, une traînée brillante de gaz et de particules qui peut s’étendre sur des millions de kilomètres. C’est dans le sillage lumineux de Wild 2 que Stardust a capté, en janvier 2004, quelques fragments de comète, témoins précieux de nos lointaines origines… et peut-être aussi d’un passé plus récent. Comme toutes les planètes, la Terre a été bombardée de comètes au cours de son histoire: un apport important en matière organique qui aurait contribué à l’apparition de la vie.