Espace

Terre jumelle

Ça y est! On a trouvé une planète extrasolaire dont la composition est compatible avec la vie.

par Olivier Rey

Le 27 avril 2007 -  Michel Mayor, astrophysicien à l’observatoire de Genève, et premier découvreur d’une planète hors de notre système solaire, en 1995, faisait partie de l’équipe franco-suisse à l’origine de cette trouvaille. Entrevue.

Cybersciences: Vous venez de détecter une planète extrasolaire autour de l’étoile Gliese 581, à 20,5 années-lumière de la Terre. Sa masse fait 5,1 fois celle de la Terre, mais son rayon n’est que une fois et demie plus grand. Le plus important, toutefois, c’est sa température moyenne de 0 à 40°C. Autrement dit, on pourrait y trouver de l’eau liquide. Est-ce une découverte importante?

Michel Mayor: Elle constitue un pas très intéressant. Mais une telle découverte n’est pas un but en soi. Ce que nous recherchons tous, c’est la présence de la vie en dehors de la Terre. Gliese 581c représente une étape de notre quête: celle de planètes moins massives, rocheuses, dont on peut analyser la composition chimique et dont la température se rapproche de celle de la Terre.

CS: Qu’est-ce qui a changé dans l’étude des exoplanètes depuis 1995?

MM: Le nombre de personnes qui travaillent dessus! À l’époque, il y avait une équipe canadienne (Campbell et Walker), une ou deux équipes américaines et deux personnes, dont moi, en Europe. Aujourd’hui, plus de mille personnes s’intéressent à ce sujet. Les avancées théoriques et technologiques ont suivi l’énorme stimulation provoquée par notre découverte de 1995. Depuis, la diversité de la population des planètes a explosé; les outils de simulation de composition atmosphérique et de position orbitale se sont également grandement perfectionnés; enfin on a développé des instruments tel que Harps, le spectromètre de l’observatoire austral européen (ESO), au Chili, qui nous a permis de découvrir Gliese 581c.

CS: Vous avez détecté une autre planète en même temps que Gl 581c, une géante gazeuse. Ce qui porte à trois le nombre de planètes de ce système. Comment parvenez-vous à distinguer ces trois astres?

MM: Quand vous écoutez un orchestre, vous entendez plusieurs instruments qui jouent différentes notes en même temps. Chaque planète fait varier la vitesse de Gliese 581 à sa manière. Harps est capable de percevoir ces différentes variations, et les ordinateurs sont en mesure de nous renseigner sur le type d’astre qui les provoque.

CS: Pourrons-nous réellement voir un jour ces planètes dont on ne peut, pour le moment, que détecter la présence?

MM: Oui, certainement mais seulement dans une vingtaine d’années. Dans un premier temps, nous trouverons des planètes de faible masse qui passent devant leur étoile (par rapport à notre point de vue terrien). Nous aurons ainsi des renseignements précis sur leur masse, leur densité. Nous ne les verrons toujours pas, mais nous pourrons déterminer si elles sont constituées d’océans ou de roches. Plus tard, grâce à des instruments comme Darwin (un interféromètre spatial), nous pourrons vraiment les voir.

CS: N’est-ce pas frustrant de ne jamais voir ce sur quoi vous travaillez?

MM: C’est le cas très souvent en physique et en astrophysique. Peut-on voir un électron? Non. Pourtant personne ne viendra contester son existence et de nombreux scientifiques travaillent sur les électrons.
 
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