Chroniques
Billet
Attention: psychose
Tout ce que l’on ne saura pas sur le vaccin et que l’on ne saurait demander.
Par Raymond Lemieux
Il court. Il peut se glisser subrepticement dans vos demeures, dans les garderies ou dans les écoles; et même au travail. Il s’accroche aux poignées de porte, aux manches de chemise, aux tasses de café. Et il a ce qu’il faut pour semer la terreur: il peut tuer.
Avec un tel profil, une seule chose pourra se répandre plus vite que ce virus connu sous le «nom» de A (H1N1): la psychose. Parions que, avec la «fièvre A (H1N1)», vous ne regarderez pas votre voisin de bureau, de métro ou de dodo de la même façon lorsqu’il sortira un papier mouchoir pour éternuer; et que vous serez aux aguets lorsque votre enfant se mettra à tousser et à renifler.
Les médecins l’ont dit: ce microbe est très contagieux et assez virulent pour mettre sur le carreau des personnes en parfaite santé. Certains l’ont même comparé au sinistre virus de la grippe espagnole. Les plans d’urgence sont prêts – tant mieux! –, les équipes de santé sont mobilisées – tant mieux! – et les vaccins sont disponibles. Bref, le principe de précaution1 est respecté.
Mais cet épisode prendra un tour nouveau quand s’amorcera la campagne de vaccination massive à la mi-novembre. Une campagne comme nous n’en avons pas connue depuis des lustres. Une question a vite surgi dans notre monde prudent à l’extrême: ce vaccin, développé en quelques mois, sera-t-il efficace et sûr? Et puisque nous sommes libres de nous soumettre ou non à la vaccination, selon les autorités sanitaires, cela force tout de même chacun d’entre nous à se poser la question: je me fais vacciner ou pas?
Le Canada aura, dans sa pharmacie, quelque 50 millions de doses de ce vaccin contre A (H1N1). Mais près de la moitié des Québécois et des Canadiens ne comptent pas aller se faire vacciner. Que se passe-t-il? Indifférence ou méfiance? Ces réfractaires ne sont certainement pas tous des illuminés ou des adeptes de la théorie du complot!
Il y a que… les gens ne sont pas si «moutons». Ils veulent comprendre, en bons citoyens de la société du savoir et de la science. Bref, il ne suffit plus de recommander; il faut aussi expliquer et bien communiquer. Que savons-nous de cette grippe? De ce vaccin? Peut-être pas assez de choses. Dans ce contexte, il y a lieu de s’interroger sur la valeur du consentement que l’on fera signer à chaque vacciné.
Un ouvrage spécialisé Éléments de responsabilités civile médicale2, traite d’ailleurs de cette question critique. «Pour être valide, le consentement doit être libre, rappellent les auteurs. Ainsi, un paternalisme médical exagéré, l’interprétation du meilleur intérêt, l’agressivité thérapeutique du médecin peuvent présenter une certaine forme de “coercition subtile” susceptible d’exercer une influence sur le consentement.»
Ce consentement doit aussi être éclairé, ajoutent les juristes. «[Il] ne porte pas uniquement sur le traitement indiqué au plan médical, mais sur ce qui est acceptable pour le patient: ce n’est par conséquent pas une question purement médicale.» Le patient doit donc être adéquatement informé pour «lui permettre de prendre une décision qui sera “avertie” et “réfléchie”». Certes, on ne s’attend pas à ce que le public se mette à jouer au virologue ou au thérapeute; mais il doit au moins savoir à quoi s’attendre avec la médication. C’est d’ailleurs pourquoi la notion de confiance est ici centrale.
Aucun individu responsable n’oserait dire que ce vaccin est dangereux. Rien ne le prouve. Mais personne ne peut non plus affirmer qu’il est à 100% sûr et efficace.
Alors que faire? Les autorités sanitaires nous exhortent tout de même à recevoir le vaccin. L’administrateur en chef de la santé publique du Canada va même jusqu’à dire que des parents pourraient avoir la mort de leur enfant sur la conscience s’ils ne les font pas vacciner. Euh!… D’un autre côté, les paranoïaques anti-médicaments nous exhortent à boycotter la campagne, sous prétexte qu’il s’agit là d’un génocide planifié, puisque les vaccins sont contaminés. Euh!… Lorsque le délire démagogique et sensationnaliste tient lieu de discours, il n’est pas certain que le citoyen obtienne ce à quoi il a droit: une information juste.
Le virus s’en fout; il se balade. La belle vie… Un vrai parasite. Mais le virus de l’alarmisme, quant à lui, est peut-être plus redoutable.
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Le vaccin de l’information
Déjà une confusion: il faudra peut-être combattre plusieurs virus de grippe cet hiver. Comment reconnaître le A (H1N1) lorsqu’on se mouchera?
On comprend que l’information sera aussi indispensable que le vaccin lui-même. En plus d’expliquer ce que la situation a de particulier et d’inquiétant, le guide pratique que nous vous proposons ce mois-ci comprend des règles élémentaires d’hygiène, valables en tout temps, pour se mettre à l’abri de n’importe quelle grippe. C’est aussi une sorte de «vaccin antipsychose». Soit dit en passant, il n’a pas été subventionné par le ministère de la Santé et des Services sociaux.
1. Un concept plutôt philosophique retenu en environnement qui dit que, en «l’absence de certitudes, et considérant les connaissances scientifiques et techniques du moment, on ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages irréversibles à l’environnement.»
2. Cet ouvrage spécialisé, publié aux éditions Yvon Blais, est signé par trois médecins québécois ayant fait des études de droit.