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Des lettres bien attachantes

Par Hélène Matteau - 22/09/2015


De nombreuses études sur le choix entre enseigner la calligraphie (en script ou en cursives) et la dactylographie (au clavier) indiquent que l’écriture manuelle of­fre des avantages spécifiques par rapport à l’écriture au clavier.

Ainsi, elle serait surtout propice aux apprentissages, particulièrement ceux de l’orthographe et de la lecture. «Les habiletés de programmation et d’exécution motrice sont liées de manière causale aux compétences orthographiques et textuelles», peut-on déjà lire dans un rapport de recherche signé en 2009 par Florence Bara de l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Bretagne et Marie-France Morin de l’Université de Sherbrooke. Écrire à la main développe la motricité fine, stimule la mémoire, facilite la reconnaissance des lettres en miroir (par exemple p et q, b et d), etc. Tous des avantages qui favorisent la réussite scolaire; conséquemment, la persévérance aussi.

Soit. Mais quelle écriture manuelle? En lettres attachées ou détachées? Au Québec, il n’y a pas de prescription officielle du ministère de l’Éducation. Plutôt une tradition bien ancrée: on enseigne à écrire d’abord en script, en première année du primaire, puis on ajoute la cursive en deuxième. Un choix qui semble à première vue raisonnable, le script étant plus simple à apprendre et à réaliser, donc davantage approprié pour initier les petits à l’écriture. Fran­çoise Bara et Marie-France Morin ont toutefois questionné ce double apprentissage, très exigeant sur le plan cognitif et, au fond, inutile, disaient-elles, puis­qu’«écrire en ayant recours à des styles d’écriture différents ne constitue pas une nécessité pour être compris».

Natalie Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche sur la persévérance scolaire et la littératie à l’Université du Québec à Rimouski, explique pourquoi ce double apprentissage n’est pas une bonne idée: «Quand nos recherches se sont penchées sur la composante graphomotrice – le mouvement de l’écriture –, nous avons vu que ce mouvement avait des impacts négatifs sur les performances en ortho­graphe et en rédaction de texte, tant qu’il n’était pas automatisé. Conclusion, l’élève doit être mis dans des conditions où il peut automatiser le geste moteur le plus rapidement possible. Si on veut cela, il est préférable de ne pas se concentrer sur deux styles d’écriture. L’enfant, à la fin de sa première année, n’a pas fini d’automatiser le geste moteur, qu’on lui impose déjà un nouvel apprentissage. Choisissons!»

Mais… «C’est difficile de trancher, admet-elle. En Europe, ils n’ont pas ce débat-là; ils n’enseignent que la cursive. Aux États-Unis, c’est le script. Nous, on enseigne les deux. Il nous faut plus de données avant de prendre une décision.»
Comparons les deux écritures. La cursive est plus rapide, plus fluide. Sur le plan perceptif, elle entraîne moins de confusion que le script entre les lettres en miroir. Aussi, le traitement linguistique est-il différent. Alors que la cursive s’attarde sur l’unité lexicale mot, avec seulement des espaces entre les mots, le script est centré sur l’unité lexicale lettre. Il faut donc gérer l’espace entre les lettres et l’espace entre les mots. Le script reproduit les lettres de l’imprimé, comme le clavier de l’ordinateur. Le mouvement est moins complexe. Les levées de crayon, plus fréquentes, permettent de planifier le mouvement moteur pour la lettre suivante. Cette simplification graphomotrice rend cependant plus difficile la différenciation, donc l’identification, des lettres.

«À court terme, spécifie Natalie Lavoie, l’écriture cursive est plus difficile, car l’unité d’analyse est plus large; mais, à long terme, c’est gagnant. Elle prépare mieux à la lecture, justement parce qu’elle est centrée sur le mot. À ce jour, donc, léger avantage pour la cursive. Mais une recherche que nous venons de terminer auprès de classes de première et deuxième année – les unes ne connaissant que le script et les autres que la cursive – devrait nous éclairer davantage.» Les résultats paraîtront cet automne.

Vous avez dit cursive? Script?

L’écriture cursive (le mot est issu du latin currere, courir) est dite aussi «en lettres attachées» ou «courante». Elle remonterait à l’Égypte ancienne et, en Occident, se serait fixée au XIVe siècle. Sa caractéristique est d’être rapide, l’outil d’écriture glissant sur le support en liant les lettres les unes aux autres, ne s’arrêtant qu’entre les mots et soutenant la continuité de la pensée. Aussi est-elle considérée comme l’écriture pratique par excellence, celle de la vie… courante.

L’écriture script, ou «en lettres d’imprimerie», «lettres moulées» ou «lettres détachées» reproduit, simplifiés, les caractères typographiques. Le geste moteur est moins exigeant que pour la cursive, la vitesse d’exécution est ralentie par les nombreux levers de crayon, chaque lettre étant traitée indépendamment. On attribue la création du script – un caractère sans empattement – au calligraphe et typographe britannique Edward Johnston, en 1916. Son enseignement a été introduit au Québec dans les années 1970. À l’époque, on croyait que le script, plus facile à apprendre, faciliterait la lecture. L’écriture en script est aussi moins personnelle que la cursive.


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