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Reportages

AIMS: La cour des grands

Par Mélissa Guillemette - 17/02/2017
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Les écoles de l’Institut africain des sciences mathématiques visent à faire de leurs étudiants les leaders dont l’Afrique a besoin. Incursion au centre du Cap, en Afrique du Sud.
 

C’est l’heure de la pause au centre de l’Institut africain des sciences mathématiques(AIMS) du Cap, un ancien hôtel converti en école et en résidence étudiante. J’accoste Barry Green, le directeur grisonnant, facile à repérer parmi la meute de jeunes passionnés de physique, d’informatique ou de mathématiques pures qui sirotent un café dans le lobby. « Notre budget est mince, mais l’impact est immense, surtout que nos jeunes sont ambitieux », affirme-t-il.

Ambitieux, dites-vous ? David Sena Attipoe en est l’incarnation même. Il est occupé à suivre les derniers soubresauts de la bourse de Johannesburg dans une salle de conférence, à côté. « Je suis le futur président du Ghana, se présente-t-il. Et lui, c’est le futur président de la Banque mondiale ! » ajoute-t-il en pointant un ami qui passe dans le couloir.

David Sena Attipoe est un diplômé du programme principal de l’AIMS, une maîtrise intensive de 10 mois où les professeurs – et les matières – se succèdent toutes les 3 semaines. Ce féru de mathématiques financières a complété un baccalauréat à l’université du Ghana avant d’atterrir au centre sénégalais de l’AIMS. Il a eu un choc: « J’étudiais les maths depuis quatre ans, sans trop savoir ce que je faisais et à quoi ça servait. En arrivant, j’ai compris l’essence de ce que j’avais fait pendant ces quatre années : tout est devenu concret. L’AIMS m’a réveillé et m’a fait comprendre où les maths pouvaient me mener. En politique, par exemple, pour avoir des analyses plus réalistes que celles des politiciens actuels ! » Aujourd’hui, il poursuit un doctorat à l’université du Cap, tout en travaillant pour l’AIMS à temps partiel. En attendant de diriger son pays d’origine, bien sûr.

Les candidats à la maîtrise intensive sont sélectionnés sur la base de leur dossier académique et de leur engagement social. Chaque centre de l’AIMS (Tanzanie, Ghana, Sénégal, Afrique du Sud, Cameroun, Rwanda) ne prend pas plus de six jeunes d’un même pays étranger, en plus de ses propres ressortissants, explique le directeur. « Quand on reçoit 250 candidatures du Nigeria, par exemple, ce n’est pas facile d’en choisir 6… Ça démontre qu’il y a une grande demande des jeunes pour ce genre de programme qui leur donne accès aux meilleurs spécialistes dans le monde.» Au total, 3 125 étudiants ont déposé une demande d’admission pour l’année scolaire 2016-2017 et 306 ont été retenus.

Le programme est totalement gratuit, et les jeunes sont logés ainsi que nourris. Même le billet d’avion leur est fourni. Le pays hôte assure le financement des opérations de l’école et le reste des fonds provient de l’étranger. Le Canada, par exemple, a accordé 20 millions de dollars à l’Institut en 2010, puis encore 22,6 millions sur cinq ans en 2016.

L’heure terminée, le cortège d’étudiants retourne dans sa classe de physique. La cinquantaine de paires d’yeux suit un professeur en short qui crayonne des A, des B et des C au tableau; il est question d’algèbre. Il pose une question; deux filles à l’avant et un gars derrière y répondent. « Trois fois la même réponse, elle est donc confirmée ! Vous êtes des professionnels ! »

Les professeurs qui, comme lui, viennent donner 30 heures de cours en 3 semaines ont carte blanche pour ce qui est du choix de la matière à dispenser, souligne Barry Green. « Ils nous disent qu’ils prodiguent ici leur meilleure formation ! Non seulement ils ont la liberté d’enseigner ce qui les passionne sans suivre un curriculum imposé, mais en plus, contrairement à leur université, ils n’ont aucune tâche administrative à faire. » Ils sont donc 100 % disponibles pour les jeunes.

C’est au contact d’un de ces profs que Salma Omer, originaire du Soudan, a trouvé sa voie, dernièrement : l’apprentissage automatique, une spécialité en intelligence artificielle. Mais il n’y a pas que sa passion des maths qui l’a convaincue de poser sa candidature pour entrer à l’Institut. « Je savais qu’en étudiant ici, j’améliorerais ma connaissance de l’Afrique, dit-elle. Et je me suis fait des amis qui viennent de partout sur le continent. »

Étudier et dormir à la même adresse pendant 10 mois, ça crée des liens ! « Ça détruit aussi tous les préjugés que les étudiants peuvent entretenir au sujet des habitants des autres pays », souligne Barry Green.

Photo: Mélissa Guillemette

Lire notre entrevue avec le président-directeur général de l'AIMS.

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