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Reportages

Autisme : La science progresse

Par Annie Labrecque - 16/11/2017
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Chacun à sa façon, deux scientifiques cherchent à aider les enfants atteints d'autisme.


Déboulonner les mythes dès la garderie

Il y a une quinzaine d’années, le fils de Marie-Hélène Poulin a reçu un diagnostic de troubles du spectre de l’autisme (TSA). Rapidement, la maman est confrontée à la méconnaissance de ces problèmes neurodéveloppementaux. « Je vivais beaucoup d’incompréhension dans le milieu de vie de mon fils, que ce soit au service de garde, à l’école ou auprès de son équipe sportive. Il y avait un grand besoin de sensibiliser ces milieux », raconte celle qui est chercheuse en psychoéducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Pour cette professeure, l’enjeu est d’autant plus important que 1 enfant sur
76 reçoit un tel diagnostic, selon un portrait épidémiologique du ministère de la Santé et des Services sociaux réalisé en 2015-2016. Et plusieurs sont intégrés au parcours scolaire régulier où ils doivent souvent composer avec les préjugés de leurs pairs et, parfois, avec ceux de leur enseignant.

Marie-Hélène Poulin développe alors, avec l’aide de l’étudiante Catherine Charbonneau, des outils pédagogiques pour sensibiliser et informer l’entourage des enfants autistes. Le résultat fut une trousse, bien nommée Parle-moi de TSA !, disponible gratuitement sur le site web de l’UQAT depuis décembre 2016.
Son contenu vise autant les bambins de la garderie que les grands de l’école secondaire, à l’aide d’activités démontrant comment les autistes perçoivent différemment ce qui les entoure, comme des jeux, des bandes dessinées, des vidéos et des mises en situation.

« Par exemple, pour les tout-petits, on utilise le “jeu du coin-coin” pour déboulonner des mythes comme : “les autistes n’ont pas besoin d’amis”, “ils sont agressifs” ou encore “l’autisme est causé par l’attitude des parents, les vaccins et l’alimentation” », explique Mme Poulin.

Ce type d’activités permet à l’entourage d’un enfant autiste de mieux le comprendre et donc de communiquer plus aisément avec lui. Signe qu’elle vient combler un besoin : « La trousse est très en demande. Ce sont des grands-parents, des mères ou des intervenants, qui veulent l’utiliser. Un ado autiste l’a même présentée lors de son exposé oral pour initier ses compagnons de classe à sa réalité », raconte Marie-Hélène Poulin.


Détecter les sons répétés

Pour se réconforter, certains enfants autistes émettent une série de sons de manière répétitive. Ce comportement, qu’on appelle « stéréotypie vocale », peut nuire à l’intégration de l’enfant ou rendre son entourage mal à l’aise. C’est aussi un indice pour les psychoéducateurs qui enregistrent la voix de leur patient avant et après un traitement. Si la stéréotypie diminue, c’est que l’enfant progresse et que l’intervention est efficace. Toutefois, l’analyse des bandes audio nécessite beaucoup de temps.

Un logiciel a été développé par Patrick Cardinal, professeur au département de génie logiciel et des technologies de l’information de l’École de technologie supérieure à Montréal. « Il détecte automatiquement dans l’enregistrement audio les occurrences de stéréotypie, car ces sons ont une fréquence différente de celle des paroles. Il ne tient donc pas compte de la voix d’une autre personne, du son d’un jouet ou du bruit ambiant, explique le chercheur. Le logiciel effectue ensuite la comparaison entre les deux bandes audio. Le thérapeute économise ainsi un temps précieux qu’il peut consacrer à un autre enfant, par exemple. »

Selon Patrick Cardinal, il reste beaucoup de paramètres à vérifier avant la mise en place du logiciel, car le taux de détection actuel oscille entre 60 % et 80 %. Wafa Alarbi, une étudiante, travaillera d’ailleurs à temps plein sur ce projet au cours des prochains mois.

« Ce qui est important pour nous, c’est que le logiciel soit stable d’un enregistrement à l’autre, sinon, on ne saura pas si l’enfant s’est amélioré ou si c’est parce que le logiciel a détecté moins d’occurrences », indique Patrick Cardinal.
Pour l’instant, le logiciel est encore au stade embryonnaire, mais son avenir semble prometteur !
 

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