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Reportages

Du mercure sur la peau

Par Mélissa Guillemette - 23/05/2017
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En Afrique du Sud, et dans plusieurs pays du continent, les produits pour éclaircir la peau se vendent comme des petits pains chauds. Un phénomène inquiétant que le microbiologiste Lester Davids s’emploie à étudier à la fois sous l’angle biologique et anthropologique, en collaboration avec des collègues en sciences sociales. De passage à l’université du Cap, nous l’avons interviewé.

Existe-t-il des crèmes blanchissantes sécuritaires ?

Oui. Elles sont développées par de grandes compagnies de cosmétiques. Il existe aussi des produits plus forts, vendus sous prescription, aux personnes qui ont des problèmes de pigmentation.
On peut imaginer que c’est ce que Michael Jackson a utilisé pour éclaircir sa peau. Atteint du vitiligo, il a sûrement préféré tout décolorer avec un tel médicament plutôt que de tout camoufler. C’est d’ailleurs dommage qu’il ne soit pas devenu un ambassadeur du vitiligo.
Pour que ces produits soient sans danger, il faut suivre la posologie à la lettre, mais c’est loin d’être le cas de tout le monde.

Est-ce que ce sont ces produits que les Sud-Africains utilisent au quotidien ?

Ces crèmes sont trop chères pour les consommateurs africains. Elles sont donc diluées et modifiées par des trafiquants.
Nous avons effectué des tests sur 29 produits différents trouvés dans les marchés pour découvrir que deux composants sont fréquemment ajoutés : l’hydroquinone et le mercure (NDLR, un perturbateur endocrinien).
Le taux d’hydroquinone y varie de 5 % à 15 %. Or, le pourcentage maximal autorisé dans une crème est de 2 %, quoique plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud, l’interdisent en dehors des produits prescrits par un médecin.
Quant au mercure, 75 % des crèmes analysées en contenaient 20 fois plus que le dosage permis. On connaît pourtant bien les dangers du mercure et le fait qu’il demeure dans le sang très longtemps.

Ces crèmes fonctionnent-elles ?

Oui… mais elles abîment la peau de façon irréversible. Ce qui pousse les consommateurs à les utiliser ? Le fait que plusieurs vedettes soient devenues des ambassadrices pour de tels cosmétiques; mais évidemment, pas de la version de contrebande. Néanmoins, au marché local, la publicité affichant Beyoncé sera placée à côté de ces produits modifiés.

Avec votre collègue anthropologue Susan Levine, vous avez étudié les raisons qui poussent les consommateurs à se procurer ces crèmes toxiques en Afrique du Sud. Quelles sont-elles ?

Il y a plusieurs raisons, mais les gens veulent pâlir leur peau principalement pour améliorer leur estime de soi, pour trouver un emploi, pour trouver un amoureux, pour être acceptés et pour se faire des amis.
Ce sont surtout les femmes qui les utilisent, mais on remarque que les hommes veulent également éclaircir leur peau pour séduire.
Et qu’ils aient la peau pâle ou foncée, les gens ne veulent jamais inverser complètement leur carnation, mais juste obtenir un ton plus pâle ou plus foncé. Dans tous les cas, c’est insensé !
 

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