Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Reportages

Du sport en comprimés

Par Maxime Bilodeau - 24/11/2016
-
Le nouvel an approche; vous vous promettrez de vous mettre en forme, de bouger plus, de perdre du poids. Et comme la majorité de ceux qui s’inscrivent au gym au mois de janvier, vous aurez abandonné le combat deux mois plus tard. Et si l’on vous offrait plutôt une pilule produisant le même effet qu’un cours de «fesses de fer» sans la sueur ?

L’idée d’une telle molécule semble-t-elle relever du rêve ? Il n’en est rien. Depuis 2004, date de publication du premier article scientifique consacré au sujet, des chercheurs du monde entier évoquent la possibilité de déclencher artificiellement le jeu de domino métabolique qui se met en branle à l’effort. Le défi est de taille : plus de 1 000 événements distincts surviennent dans chaque muscle lorsqu’on bouge, rapporte une étude de 2015 publiée dans Cell Metabolism. Imaginez dans tout le reste de l’organisme !

« Actuellement, de 10 à 15 bons candidats de pilules de l’exercice sont connus, même si la vaste majorité est encore au stade expérimental », affirme Ismail Laher, professeur au département d’anesthésiologie, de pharmacologie et de médicamentation de l’université de la Colombie-Britannique. « Vous pouvez toutefois être sûr qu’il en existe plusieurs autres dont l’existence est gardée secrète », souligne le coauteur d’une revue de littérature exhaustive sur le sujet.

L’une des plus récentes pilules de l’exercice est le composé 14. Mise au point par une équipe de l’université de Southampton, au Royaume-Uni, cette molécule active l’AMPK, une enzyme surnommée l’« interrupteur principal » du métabolisme. Sous l’action de cette enzyme, l’organisme vient à croire que ses réserves d’énergie sont basses et mobilise donc davantage de glucose pour combler l’appétit de ses cellules. Les chercheurs britanniques ont observé qu’un traitement d’une semaine au composé 14 améliore de 30 % la capacité des cellules de l’organisme d’absorber le glucose circulant dans le sang et réduit significativement le tour de taille. Seul bémol : ces conclusions ne s’appliquent pas nécessairement à l’humain étant donné que l’étude a été menée chez un groupe de souris obèses…

« De pâles imitations »

Selon Martin Juneau, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal, ce n’est là qu’un des défauts de ce type de recherches qui s’inscrivent dans une « tendance réductionniste de la science moderne ». « Sécrétion d’endorphines, réduction du stress, formation de nouvelles synapses : l’activité physique fait tout ça et même plus ! Les molécules développées actuellement ne font qu’imiter, en partie, un de ces nombreux effets. Ce sont de pâles imitations qui entretiennent la fausse idée selon laquelle l’exercice peut être évité », déplore-t-il.

Le chercheur dresse un parallèle avec une classe de médicaments bien connue : les statines. Très efficaces pour réduire le taux de «mauvais» cholestérol, leur consommation ne reproduit pas pour autant les effets globaux d’une saine alimentation. « Pourtant, nombreux sont les gens qui considèrent les statines comme des prescriptions qui les autorisent à mal manger, ajoute-t-il. Je crains ce même effet si une soi-disant pilule de l’exercice est un jour mise en marché. »

Comme le souligne d’ailleurs Ismail Laher, ce n’est pas le commun des mortels qui tirerait le plus parti d’une pilule de l’exercice, mais bien les individus aux prises avec des handicaps physiques graves. « Pensons à ceux ayant subi une lésion de la moelle épinière, comme les tétraplégiques. Pour eux, l’intérêt est clair : ils pourraient contourner leurs limitations et retirer certains bénéfices qui, autrement, leur sont inaccessibles », estime le chercheur.

Pour l’instant, ce sont plutôt les sportifs qui en « profitent ». Ces dernières années, des cyclistes russes et costaricains ont été contrôlés positifs au GW1516, une pilule de l’exercice dont le développement avait pourtant été interrompu en 2007 après qu’il eut été démontré qu’elle était cancérigène.

Finalement, votre abonnement au gym reste, pour l’heure, votre meilleur allié.
 

Afficher tous les textes de cette section