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Reportages

En attendant James Webb…

Par Solène Jonveaux - 24/08/2017


C’est l’heure des derniers préparatifs pour le télescope spatial James Webb qui sera lancé dans un an. Le point sur cette machine incroyablement puissante.


Après 20 ans de travail, on y est presque : James Webb, le télescope spatial le plus puissant jamais construit, devrait être lancé en orbite le 31 octobre 2018. Il sera posté à 1,5 million de kilomètres de la Terre, où il déploiera son gigantesque miroir à 18 facettes qui lui conférera une puissance 100 fois plus grande que son prédécesseur Hubble.

Fruit d’une collaboration entre la NASA, l’Agence spatiale européenne et l’Agence spatiale canadienne, le géant doré permettra à des milliers d’astronomes du monde entier d’en apprendre plus sur les débuts de l’Univers ainsi que sur la formation des premières étoiles et galaxies. Il « remontera » dans le passé, en captant la lumière émise environ 300 millions d’années après le big bang, au moment où se formaient les galaxies originelles. Une prouesse que l’on doit à ses miroirs recouverts d’or qui captent la lumière infrarouge. L’Univers étant en expansion, ces galaxies s’éloignent encore à toute vitesse de nous, ce qui ne les rend détectables que dans l’infrarouge. Le télescope Hubble en était incapable, car il captait seulement la lumière visible et les rayons UV.

Outre les galaxies primitives, la liste des cibles de James Webb s’allonge sur plusieurs pages. Le télescope recueillera des données sur divers objets peu étudiés tels que les protoétoiles, la lune glacée de Jupiter nommée Europe, ou encore les quasars, ces objets extrêmement lumineux associés à un trou noir super massif.

Évidemment, James Webb recherchera des exoplanètes abritant la vie. C’est d’ailleurs l’une des missions de NIRISS, l’un des quatre instruments du télescope mis au point à l’Université de Montréal. Sa fonction principale est de détecter la présence d’une atmosphère autour des planètes lointaines et d’analyser sa composition par spectroscopie, afin de repérer des gaz associés à la présence de la vie comme la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone ou le méthane.

« Personne n’a encore découvert d’atmosphère autour d’une planète rocheuse. Nous voudrions donc être les premiers à le faire », précise Loïc Albert, chercheur à l’Université de Montréal pour NIRISS. L’instrument étudiera entre autres le système solaire TRAPPIST-1, découvert il y a quelques mois et composé de planètes rocheuses de type terrestre. Inutile de souligner que les résultats sont particulièrement attendus.

« Est ce qu’on va trouver une signature de la vie ? Peut-être, on verra bientôt ! » se réjouit René Doyon, astrophysicien à l’Université de Montréal et chercheur principal de NIRISS.

Derniers ajustements

Mais les scientifiques devront faire preuve d’encore un peu de patience. Les premiers cycles d’observation ne fourniront des données exploitables qu’au printemps 2019. Certaines d’entre elles seront accessibles au public, mais d’autres sont réservées aux scientifiques ayant contribué au télescope. Les chercheurs canadiens bénéficieront ainsi de 450 heures garanties qui seront majoritairement consacrées à l’étude des galaxies et des exoplanètes. Après un an, elles seront accessibles à tout le monde. Une vraie course contre la montre s’amorcera alors entre les astronomes qui se préparent au mieux pour dépouiller et exploiter ces données rapidement.

Entre-temps, « il reste encore beaucoup de préparation scientifique et technique; c’est l’une des machines les plus complexes que l’humanité ait construites », affirme René Doyon.

Il est d’ailleurs possible de suivre les derniers préparatifs en direct grâce à deux caméras transmettant depuis le Johnson Space Center, au Texas. Tout l’été, le télescope aura été maintenu à une température de -233 °C pour s’assurer de son fonctionnement dans les conditions spatiales. Ces étapes sont très importantes, car James Webb sera 2 500 fois plus éloigné de la Terre que ne l’est Hubble, situé à 600 km d’altitude. « Il sera donc impossible de le réparer à partir de navettes spatiales comme lorsqu’on s’était rendu compte d’un défaut optique majeur de Hubble », souligne Loïc Albert.

«Le déploiement du télescope s’effectuera en deux semaines, dans l’obscurité totale, sans retour visuel sur ce qui se passe. Chaque mouvement, une fois complété, activera un senseur qui confirmera que le dispositif en question s’est bien positionné tel que prévu. Si ce n’est pas le cas, on pourra agir en fonction de ce qui se passe, mais de façon limitée, explique René Doyon. Cette séquence de déploiement sera très stressante, mais il y a lieu de croire que tout va bien se passer.»


 

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