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Reportages

Endométriose: les règles qui se dérèglent

Par Mélissa Guillemette - 16/02/2017
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Parfois confondue avec des douleurs menstruelles, l’endométriose touche de 5 % à 10 % des femmes en âge de procréer; soit au moins 1 million d’adolescentes et de femmes au Canada. Au programme, des douleurs pelviennes intenses et parfois des problèmes de fertilité.

Cette maladie est causée par un dérèglement de l’endomètre, cette muqueuse qui s’épaissit chaque mois dans l’utérus en prévision d’une éventuelle conception, avant d’être évacuée avec les règles quand la conception n’a pas eu lieu.

Chez les femmes atteintes d’endométriose, ce tissu se forme aussi en dehors de l’utérus, sur les ovaires ou les trompes de Fallope, par exemple, et parfois sur des organes voisins comme la vessie ou le côlon. Même « délocalisées », les cellules endométriales sont influencées par les hormones ovariennes. La douleur est ainsi plus vive pendant les règles.

L’endométriose est un trouble insidieux et difficile à identifier : il s’écoule généralement entre 7 et 12 ans entre le premier signalement par la patiente et le diagnostic, selon la SOGC. « Ça ne veut pas dire que des traitements n’ont pas été essayés durant cette période », tempère Odette Pinsonneault, gynécologue-obstétricienne au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

Il faut dire que, pour confirmer le diagnostic, on doit généralement examiner l’intérieur du corps par laparoscopie. Les spécialistes peuvent néanmoins suggérer la prise d’une contraception orale pour apaiser les douleurs et ralentir la progression de la maladie, même sans être 100 % sûrs du diagnostic.

Dans certains cas, une chirurgie est indiquée pour enlever les cellules en cavale. Mais ce n’est qu’un soulagement temporaire, le problème revenant peu à peu.

On ne sait pas encore ce qui cause cette maladie, mais plusieurs hypothèses ont été émises. Peut-être que le flux menstruel refoulant dans les trompes de Fallope, puis vers l’abdomen, joue un rôle, explique le docteur Togas Tulandi, chercheur à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et clinicien au Centre de reproduction du CUSM. « Ces menstruations, dites rétrogrades, sont très communes; la plupart des femmes en ont. La question est de savoir pourquoi, chez certaines d’entre elles, le corps se débarrasse de ces cellules, tandis que, chez d’autres, cela cause de l’endométriose ? Un système immunitaire déficient pourrait expliquer cette différence », dit celui qui a écrit un livre sur l’endométriose.

Le docteur Tulandi cherche par ailleurs à comprendre comment les cellules de l’endomètre s’installent sur des organes éloignés de l’utérus. « Le tissu se propage peut-être par voie lymphatique », avance le chercheur, qui étudie présentement les rares cas d’endométriose qui touchent… les poumons !

Des études devront aussi expliquer pourquoi certaines femmes ont de l’endométriose sans éprouver de douleur. Une énigme dont la résolution pourrait fournir les clés d’un traitement pleinement efficace.
 

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