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Reportages

Entrevue avec Mona Nemer: Retour à la case savoir

Propos recueillis par Marie Lambert-Chan - 29/03/2018


La biochimiste Mona Nemer a été nommée scientifique en chef du Canada, en octobre 2017, un poste à reconstruire puisqu’il a été aboli sous le gouvernement Harper. Premier bilan. 

La scientifique en chef du Canada, Mona Nemer, était attendue avec impatience sur la colline parlementaire. Plus de 1 000 messages de soutien lui sont parvenus à la suite de l’annonce de sa nomination. Leurs auteurs ? Des chercheurs et des citoyens heureux que le premier ministre Justin Trudeau ait tenu sa promesse de campagne électorale : récréer le poste de scientifique en chef, aboli en 2008 par les conservateurs. Accueillie avec tambour et trompette, Mona Nemer doit maintenant relever des défis de taille, entre autres rebâtir les ponts entre les scientifiques et le gouvernement, et s’assurer que les futures politiques publiques seront fondées sur les données probantes. Rien toutefois pour décourager cette biochimiste bardée de prix qui n’en est pas à son premier combat. À l’âge de 17 ans, alors qu’elle étudiait dans un collège pour filles dans son Liban natal, elle a milité avec ses consœurs pour avoir accès à un programme scientifique. Et elles l’ont obtenu !

Cent jours et des poussières après son entrée en poste, Mona Nemer dresse un premier bilan.

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Québec Science : En quoi consiste le rôle de scientifique en chef ?
Mona Nemer : J’offre des conseils d’ordre scientifique au gouvernement, au premier ministre, à la ministre de la Science et aux membres du cabinet. J’examine les processus pour faire en sorte que les données probantes soient prises en considération dans les décisions politiques. D’autre part, je veille à ce que le gouvernement soutienne l’avancement des connaissances tant dans les laboratoires fédéraux qu’à l’extérieur du gouvernement, par exemple dans les universités. Enfin, je compte encourager les jeunes à embrasser des carrières scientifiques et aider le public à comprendre les fondements scientifiques derrière les politiques publiques et les grands enjeux sociaux.

QS Le Canada n’avait plus de scientifique en chef depuis 2008. N’ayant aucun prédécesseur immédiat, vers qui vous êtes-vous tournée pour mieux comprendre vos nouvelles fonctions ? 
MN J’ai eu deux emplois où j’ai dû apprendre sur le tas : mère et scientifique en chef ! Heureusement, plusieurs pays et juridictions ont leurs scientifiques en chef sur lesquels j’ai pu m’appuyer, notamment celui du Québec, Rémi Quirion. Cette collégialité est une bonne chose pour la planète et le Canada, car on peut faire beaucoup de chemin dans nos relations bilatérales et multilatérales par l’entremise de la diplomatie scientifique.

QS Quelles sont vos priorités ?
MN Avant tout, j’aimerais démontrer la valeur ajoutée que représente un scientifique en chef pour que ce poste devienne permanent.

Par ailleurs, deux dossiers me sont chers. Le premier est le renforcement de la culture scientifique, un élément essentiel pour la santé de notre démocratie. Près de la moitié de la population canadienne ne maîtrise pas suffisamment la science pour comprendre et interpréter les résultats de recherche. Si nous voulons que les politiques publiques soient davantage fondées sur la science, nous devons aussi nous assurer que le grand public puisse évaluer si le gouvernement utilise correctement ou non les données probantes.

Le second dossier concerne la création de passerelles entre les scientifiques fédéraux, universitaires et issus du privé. La science canadienne dans son ensemble doit apprendre à mieux communiquer. Il faut éviter le travail en silo qui freine l’innovation. Historiquement, les grandes découvertes se sont faites à l’intersection des disciplines.

QS Justement, dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il injecterait 3,8 milliards de dollars dans la science au cours des cinq prochaines années, dont une bonne partie sera consacrée à la recherche fondamentale. Une somme qualifiée de « historique» qui vise à rattraper des années de sous-financement.
MN Vous devinerez que j’en suis très satisfaite. Dès mon arrivée en poste, j’ai exprimé clairement mon appui à une hausse des investissements en recherche pour stimuler notre capacité à innover, mais aussi pour former la main-d’œuvre de demain. Avec ces sommes importantes, nous envoyons un message au reste du monde : le Canada est un pays où il y a une fenêtre d’opportunité pour les meilleurs cerveaux, qu’ils soient des chercheurs établis ou des étudiants.

Photo: Jessica Deeks

>>> Lisez la suite de cet entretien dans le numéro avril-mai 2018.
 


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