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Reportages

Géoingénierie : manipulateurs de climat

Par Laurie Noreau - 29/06/2017
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Des ingénieurs de Harvard veulent bloquer artificiellement les rayons du Soleil afin d’abaisser la température. Une initiative qui en fait sourciller plus d’un.  

Le ciel de l’Arizona deviendra le nouveau laboratoire de l’université Harvard. D’ici quelques mois, des chercheurs relâcheront des particules de glace et de carbonate de calcium dans la stratosphère. Leur objectif : créer un écran qui réfléchira les rayons du Soleil et ainsi freiner le réchauffement climatique. L’essai coûtera la bagatelle de 20 millions de dollars.

Cette expérience relève de la géoingénierie, une discipline où les scientifiques cherchent à manipuler le climat. Selon eux, le passé serait garant de l’avenir. L’histoire a démontré que les éruptions volcaniques, en relâchant des millions de tonnes de particules, abaissaient la température du globe; parfois de façon dramatique. En 1815, l’éruption du mont Tambora avait privé l’Europe tout entière d’un été, nuisant aux récoltes et entraînant la famine.

Bien que les géoingénieurs soient animés de bonnes intentions, pourraient-ils provoquer un tel cataclysme ? En 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat lançait un avertissement : la géoingénierie « pourrait être mise en œuvre rapidement advenant une situation d’urgence climatique », mais il ne faut pas négliger ses impacts potentiels à l’échelle planétaire. Des sécheresses au sud, des inondations à l’ouest : des dérèglements climatiques très variables sont à prévoir d’une région à l’autre.

Frank Keutsch, professeur des sciences atmosphériques à Harvard et directeur de l’expérience, en est bien conscient : « On aimerait mieux ne pas avoir à utiliser cette solution, mais si nous en avons besoin un jour, il est préférable que la technologie soit testée et prête à être utilisée », soutient-il.

Car pour l’instant, les données sont rares. « C’est une idée encore trop peu documentée pour être qualifiée de réaliste », avance Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Pourtant, l’idée circule depuis plus d'un demi-siècle. En 1965, le président américain Lyndon B. Johnson avait évoqué la possibilité de propulser des tonnes de particules au-dessus des océans pour réfléchir les rayons du soleil. Barack Obama avait aussi inclus la géoingénierie dans sa stratégie pour contrer les changements climatiques.
Même son successeur Donald Trump y voit du bon. Comme d'autres politiciens climatosceptiques, il perçoit la géoingénierie comme une panacée qui lui évite d’investir dans des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Claude Villeneuve réfute cette pensée de la solution unique. « C’est une solution palliative et non curative, prévient-il. Un écran qui diminue l’incidence du rayonnement solaire ne réduit pas la concentration de CO2 dans l’atmosphère. On ne s’attaque pas au problème, on contrôle le symptôme. »
 
D’autres idées évoquées par les géoingénieurs

> Déverser des sulfates de fer dans la mer pour augmenter la quantité de phytoplancton, grand consommateur de CO2.
> Combattre la montée du niveau des océans en déversant de l’eau de mer à la surface de l’Antarctique où elle gèlera.
> Planter des arbres artificiels qui capteraient le dioxyde de carbone pour le stocker ensuite au fond des océans.

Illustration: Frefon

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