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Reportages

Habiter avec les marées

Par Etienne Plamondon Emond - 10/01/2018
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L’architecte GianPiero Moretti cherche des solutions pour permettre aux habitants du Bas-Saint-Laurent de continuer à admirer le fleuve depuis leur maison, malgré l’érosion des berges et l’intensification des grandes marées.

Les grandes marées ont frappé avec violence les rives du Bas-Saint-Laurent en décembre 2010. Le cocktail de basse pression et de vents du nord-est a contribué à l’accumulation d’eau dans l’estuaire. Résultat : l’eau a atteint un niveau record de plus de 5,5 m à Rimouski. Des centaines de maisons de Sainte-Luce et de Sainte-Flavie ont été endommagées, voire détruites. Et l’érosion des berges continue de gruger la côte chaque année. Selon un rapport d’Ouranos, un consortium en climatologie régionale, environ 1 250 bâtiments seront menacés d’ici 2025 dans la région du Bas-Saint-Laurent, entraînant des pertes estimées à 222 millions de dollars. GianPiero Moretti, professeur d’architecture à l’Université Laval, tente de découvrir, avec ses collègues architectes et ingénieurs, comment adapter les aménagements et les demeures aux nouvelles conditions climatiques dans le coin de Sainte-Flavie.
 
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Québec Science : Comment les changements climatiques menacent-ils les berges du Bas-Saint-Laurent ?
GianPiero Moretti :  Auparavant, lors des grandes marées, la rive était protégée des vagues par les glaces. Mais maintenant, avec le réchauffement climatique, cette protection naturelle n’existe plus. Les grandes marées agissent donc directement sur les berges et créent un problème d’érosion.

Nos constructions sont souvent mal conçues pour affronter les vagues ou, pis, elles exacerbent l’érosion. Par exemple, des municipalités, des promoteurs privés et des résidants ont construit des murs de protection en béton à proximité des berges. C’était très répandu. Mais en plaçant un mur, cela a un effet sur la forme des vagues : elles rebondissent avec force et le remous engendré creuse tout de même la rive au bout du mur. On protège une partie de la berge, mais on en ruine une autre.

Habiter le long du fleuve est un phénomène assez récent. On le faisait moins, il y a quelques décennies. J’ai l’impression qu’on bâtit à répétition le même type de bungalow que partout ailleurs. Or, il faut penser à d’autres manières de construire dans de tels endroits. C’est le défi de notre recherche.

QS : Quelles sont les faiblesses de ces bungalows ?
GM : Les constructions en bois n’ont pas une masse suffisante pour résister aux vagues, parce que les murs sont souvent conçus avec seulement des montants, de l’isolant et un petit revêtement extérieur. Ces maisons présentent aussi de grandes fenêtres et des baies vitrées qui font face à la rive, car leurs propriétaires aiment voir le fleuve. Mais cette orientation pose problème : les vagues se trouvent à frapper de plein fouet le point le plus vulnérable de la maison.

QS Pourrait-on s’inspirer de ce qui se fait à l’étranger ?
GM : Aux Pays-Bas, la cohabitation avec l’eau existe depuis toujours, car une bonne partie du pays se trouve sous le niveau de la mer. Dans leur cas, les gens doivent plutôt composer avec la montée des eaux, un peu comme ce qui s’est produit le long de la rivière des Mille Îles et de la rivière des Prairies, au printemps dernier. Là-bas, pour mieux s’adapter à la crue, ils érigent des maisons flottantes. Cependant, je ne connais pas d’exemple d’aménagement qui permette à des habitations de composer avec la force des vagues.

Je sais toutefois que l’architecture peut répondre à ces défis naturels. Prenez l’Italie, mon pays d’origine. Dans certaines vallées, des villages entiers ont été construits dans les années 1200, à des endroits propices aux avalanches. La forme de ces toits « casse » ces avalanches et protège les villages. C’est un peu dans cet esprit que notre équipe souhaite travailler, que ce soit en construisant des maisons sur pilotis, de manière à hausser les habitations, ou en imaginant des structures pouvant briser d’éventuelles vagues qui se rendraient jusqu’à elles.

QS Est-ce la première fois que vous tentez de répondre aux dangers causés par les changements climatiques ?
GM : J’en ai tenu compte lorsque j’ai conçu un chalet situé à la limite du lac Aylmer, dans la région de Chaudière-Appalaches  [NDLR : avec l’architecte Anne Vallières]. On a construit un rez-de-jardin dans lequel on peut seulement intégrer un espace d’entreposage ou une cuisine d’été. Ainsi, même si le niveau de l’eau monte, les parties inondées sont secondaires, alors que la maison est protégée parce qu’elle est construite 3 m plus haut. C’est une préoccupation qu’on avait déjà à l’époque, il y a 15 ans.

>>> Lire la suite de cette entrevue dans le magazine Janvier-février 2018.

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