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Reportages

La Grande Barrière de corail dépérit

Par Caroline Faucher - 29/06/2017
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Pour une deuxième année consécutive, le plus grand récif corallien du monde a souffert d’un important épisode de blanchissement. Les scientifiques sonnent l’alarme.

La Grande Barrière de corail d’Australie n’est plus que l’ombre d’elle-même : autrefois vibrants de couleurs, de larges pans de ses récifs affichent désormais un blanc spectral. En moins de deux ans, les deux tiers de ce trésor naturel ont souffert d’épisodes de blanchissement sans précédent, causés par une hausse des températures de l’eau.

En 2016, des scientifiques annonçaient que le tiers nord de la Grande Barrière était sévèrement atteint; plus de la moitié des coraux y ont péri. Cette année, c’est la section touristique, située au centre, qui écope. « Depuis que nous étudions le récif, nous n’avons jamais observé de blanchissement corallien à cette échelle », soutient le chercheur Neil Cantin de l’Institut australien de science marine.

La situation est grave, voire désespérée : en mars dernier, une quarantaine de scientifiques ayant constaté les dégâts dans la revue Nature, appelaient à une « action immédiate et globale » pour assurer la survie du récif, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Une telle dégradation met non seulement en péril 400 espèces de coraux, mais aussi quelque 9 000 espèces marines, dont 1 500 espèces de poissons qui trouvent refuge dans la barrière s’étirant sur plus de 2 000 km au large de l’État du Queensland. « L’écosystème au grand complet risque de s’altérer et la situation ne fera qu’empirer », redoute James Kerry, biologiste marin à l’ARC Centre for Excellence for Coral Reef Studies, de l’université australienne James Cook.

Des coraux affamés

Contrairement aux apparences, le corail est un animal qui forme des colonies de polypes. Ceux-ci fabriquent un squelette externe calcaire et se soudent les uns aux autres, édifiant ainsi les récifs. Pour obtenir les nutriments nécessaires à leur croissance, les coraux vivent en symbiose avec des algues photosynthétiques, les zooxanthelles, qui sont à l’origine de leur couleur.

Lorsque les coraux sont en situation de stress, notamment lorsque la température de l’eau augmente, ils rejettent ces algues microscopiques. Conséquence : ils blanchissent et leur apport énergétique chute drastiquement. Si les conditions reviennent rapidement à la normale, les algues repeuplent les coraux, mais le rétablissement complet prend au moins une dizaine d’années. Lorsque les vagues de blanchissement se succèdent, la rémission devient impossible.

C’est ce qui alarme la communauté scientifique qui a estimé en avril dernier qu’il n’y avait aucun espoir pour les récifs endommagés en 2016. Alors que la Grande Barrière de corail a subi un total de quatre épisodes de blanchissement en 19 ans, soit en 1998, 2002, 2016 et 2017, les deux derniers sont de loin les plus sévères et les plus rapprochés.

« La façon dont le climat évoluera dans les dix prochaines années, ainsi que le nombre d’événements de stress engendrés par l’augmentation des températures, déterminera l’avenir de la Grande Barrière de corail et des autres récifs ailleurs dans le monde », explique Neil Cantin.

Le réchauffement climatique n’est pas le seul coupable. La Grande Barrière fait les frais d’une forte pollution due aux activités agricoles et au ruissellement des eaux côtières, dont les sédiments réduisent la limpidité de l’eau. Or, les rayons du soleil sont essentiels à la survie des zooxanthelles. Les cyclones et l’invasion de l’étoile de mer Acanthaster, qui dévore les coraux, nuisent aussi à la régénération des récifs australiens.

Course contre la montre

Pour sauver ce joyau, il faudrait réduire très rapidement les émissions de carbone et freiner le réchauffement climatique. Malgré tout, rien ne garantit que les coraux se rétablissent. « Limiter la hausse de température des océans à un ou deux degrés, ce n’est pas une cible suffisante pour les coraux », croit Neil Cantin.

Voilà pourquoi des chercheurs ont entrepris une course contre la montre pour trouver la solution miracle. À l’Institut australien de science marine, une étude compte évaluer la résilience des différentes espèces de coraux dans les eaux chaudes, en simulant les conditions environnementales futures. L’équipe tentera aussi de reproduire des coraux sur une période de quatre à cinq ans, afin d’identifier si les rejetons pourront s’adapter à une hausse des températures.

En avril dernier, des scientifiques de l’Institut de science marine de Sydney ont même proposé de créer au-dessus de la région, par géoingénierie, de grands nuages réfléchissant les rayons du soleil (grâce à des particules de sel), ce qui refroidirait les eaux.

Les élus s’en mêlent également. Sous pression, le gouvernement australien a mis en place, en 2015, le Reef 2050 Plan qui inclut, entre autres, des mesures de réduction des sédiments rejetés dans l es eaux par les industries locales. Un plan d’action jugé insuffisant par de nombreux chercheurs et environnementalistes, d’autant que le gouvernement soutient parallèlement un projet controversé de mine géante de charbon sur la côte du Queensland… Pourtant, il aurait tout intérêt à protéger la Grande Barrière de corail : plus de 2 millions de touristes y viennent chaque année, générant des milliards de dollars en retombées économiques pour l’Australie.


Article paru dans le numéro de juillet-août 2017.
 

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