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Reportages

Lac-Mégantic, après l'enfer

Les lendemains d'un désastre
19/09/2013
Pitié pour la Chaudière

Par Raymond Lemieux

Elle prend sa source dans le lac Mégantic, puis traverse sur 180 km l’une des plus belles régions du Québec. Gravement meurtrie, elle doit d’urgence être sauvée.

Russell Gilbert connaît bien les sautes d’humeur de la rivière Chaudière. Il est intarissable lorsqu’il en parle. Les crues spectaculaires, les inondations... Entre deux phrases, il tend une cruche: «Vous prendrez bien un verre d’eau?» Puis il précise: «Ce n’est pas notre eau habituelle, vous savez... le 6 juillet...» Oui, on sait: le train maudit de la Montreal, Maine & Atlantic Railway, son déraillement, les morts, la dévastation et le monstrueux déversement de pétrole. Ça s’est passé en amont. Sa rivière a écopé: «Depuis ce jour-là,  les municipalités de la région doivent trouver leur eau ailleurs.»

C’est tout de même un comble. «La municipalité de Sainte-Marie possède l’usine d’assainissement la plus moderne du Québec, ajoute-t-il. Mais elle n’a pas été conçue pour traiter les hydrocarbures. On n’aurait jamais imaginé que cela puisse se produire chez nous. Tout au plus un petit déversement, comme ce qui peut survenir lors d’un accident routier. Mais une tragédie de cette ampleur? Cela dépasse l’entendement.»

Russell Gilbert n’ose pas trop jouer les pessimistes en parlant des mois qui viennent. Cet ancien enseignant en éducation physique, qui a été maire de Sainte-Marie est aujourd’hui président du Comité du bassin versant de la rivière Chaudière (COBARIC). Il retient son souffle, comme toute la région. Quelles séquelles l’environnement gardera-t-il de la tragédie de Lac-Mégantic?

Il suffit d’examiner une carte pour comprendre l’inquiétude des riverains. La Chaudière, célèbre pour ses embâcles et ses débâcles, prend sa source dans le lac Mégantic, le lac martyr dans lequel ont abouti des millions de litres de pétrole brut léger, dont quelque 100 000 litres ont gagné la rivière, souillant une partie de ses berges. À la mi-août, le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) annonçait y avoir récupéré 52 000 litres d’eaux huileuses. Soit. Mais combien de litres de pétrole resteront dans l’environnement? Ça, on n’en a aucune idée.

«Dans les premières heures suivant la catastrophe, on pouvait voir des films de pétrole sur quasiment 100% de la surface de la rivière, de Lac-Mégantic à Saint-Georges. La première action a été de fermer le barrage de Lac-Mégantic pour abaisser le débit de la rivière de 25 mètres cubes par seconde (m3/s) à 3 m3/s, afin de retenir la contamination en amont de Saint-Georges », relate Michel Rousseau, sous-ministre adjoint à l’analyse et à l’expertise régionales au MDDEFP. L’épicentre de la catastrophe est à quelque 80 km de la capitale beauceronne.

Lire la suite dans notre numéro d’octobre 2013

Photo: Michel Huneault

Un grand ménage pas ordinaire



Pourrons-nous remédier à la catastrophe? Pour l’heure, la région est devenue
un immense chantier de décontamination. Méthodes et résultats.

Par Marine Corniou

Parer au plus urgent et éviter d’aggraver la situation. À Lac-Mégantic, c’est ce qu’ont fait jusqu’ici la centaine d’opérateurs rattachés à une vingtaine d’entreprises québécoises, ontariennes et états-uniennes spécialisées en nettoyage industriel, et ce, dans un inévitable désordre.

Ils ont pompé 18 millions de litres d’eau contaminée par les hydrocarbures et les mousses d’extinction, vidangé les wagons, fermé une portion des égouts. Ils ont creusé des tranchées sur le site du déversement pour recueillir les eaux de pluie et de ruissellement chargées de pétrole. «L’eau des égouts qui a refoulé dans les caves et l’eau pompée en surface sont décontaminées sur place par l’entreprise Sanexen qui utilise du charbon activé», explique Jean-Claude Morin, président de la firme MD-UN, qui a coordonné les premiers travaux de nettoyage. Des filtres à charbon artisanaux ont ainsi été installés dans des conteneurs, car les unités mobiles des entreprises ne suffisaient pas. «Le pompage se poursuivra tant que le sol sera contaminé, affirme Michel Rousseau, sous-ministre adjoint au MDDEFP. Et le long de la rivière, 200 per­sonnes ont arpenté 275 km de berges, pour enlever les herbes souillées, arroser les arbres et les roches pour décoller et récupérer le pétrole.»

Un travail de fourmi, qui se fait à la main, roche par roche, goutte par goutte.
«On ne pourra pas tout enlever avant l'hiver, mais notre objectif est de viser les endroits les plus contaminés pour éviter une remise en suspension des substances au printemps», ajoute Michel Rousseau.

Photo: Michel Huneault

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