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Reportages

Le chant d'espoir des rainettes

Par Marine Corniou - 04/08/2014
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De sa main gantée, le vétérinaire attrape habilement la minuscule grenouille. Il
la coince entre ses doigts, la pique rapidement avec une seringue, puis la dépose
dans un bocal. «Suivante!» dit-il en changeant d’aiguille. Pendant une heure, Jacques Dancosse répète la manoeuvre avec une vingtaine de rainettes
dites faux-grillons de l’Ouest, dans une petite salle au sous-sol du Biodôme de
Montréal. Pas plus grosses qu’une pièce de deux dollars, les bestioles, mâles et femelles, subissent la piqûre sans broncher, avant d’être placées dans un gros aquarium où flottent bouts de bois et plantes aquatiques.

Le but du traitement? Réveiller leur libido! Le produit injecté est un cocktail
d’hormones, une sorte de viagra pour amphibien. «Les rainettes faux-grillons
ne se reproduisent pas en captivité, précise le vétérinaire. Depuis cinq ans, on a tout
essayé, on a fait varier la température, l’éclairage… Sans succès.»

Pourtant, il y a urgence. Cette petite grenouille, que l’on ne trouve au Canada
que dans le sud du Québec et de l’Ontario, est gravement menacée. Ses effectifs sont en chute libre, surtout à cause de l’urbanisation et de l’agriculture intensive qui détruisent son habitat.

Depuis les années 1950, son aire de répartition s’est ainsi réduite de 90%. «Il
ne reste plus que neuf populations au Québec, dont la plus grande a diminué
de moitié entre 2004 et 2009. À ce rythme, dans 10 ans, il n’en restera plus
que 3 ou 4, isolées les unes des autres, d’autant qu’un ensemble immobilier va
être cons truit à La Prairie, sur la Rive-Sud de Montréal, sur l’un des territoires
majeurs de la rainette», se désole Tommy Montpetit, chargé de projet au Centre
d’information sur l’environnement de Longueuil (CIEL) et membre de l’équipe
de rétablissement de la rainette faux-grillon de l’Ouest. Hélas, le dernier inventaire, effectué ce printemps, n’augure rien de bon. «On procède chaque année à un inventaire auditif qui permet d’évaluer le nombre de rainettes à partir de l’intensité des chants, poursuit l’écologiste. Cette année, les nouvelles sont mauvaises, et le tiers des étangs qui existaient en 2009 ont disparu.»


Photo: Benjamin Turquet

 

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