Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Reportages

Les chimpanzés dépriment aussi

22/05/2013
-En janvier 2013, les National Institutes of Health, aux États-Unis, ont décidé de restreindre le plus possible l’utilisation des singes pour la recherche et ont envoyé à la retraite les quelque 700 chim­panzés qui se trouvaient toujours dans les laboratoires du pays.

Habitués à vivre en captivité, souvent infectés par les virus du VIH ou de l’hépatite, ces grands primates ne peuvent plus retourner dans la nature et sont condamnés à vivre dans des «foyers d’accueil», comme on en trouve en Montérégie au sud de Montréal. Aux dires du psychiatre allemand Martin Brüne, de l’université de la Ruhr à Bochum, plusieurs souffriraient de stress post-traumatique, et seraient anxieux ou déprimés.

La solution? Les antidépresseurs, évidemment! Acceptable? Le chercheur explique.

Ne versez-vous pas dans l’anthropomorphisme, en qualifiant les chimpanzés d’anxieux ou de déprimés?

C’est le risque. Mais on n’a pas de meilleure façon de décrire leur état. Depuis 2009, je mène des travaux d’observation auprès de 10 chimpanzés à la retraite, hébergés dans un refuge aux Pays-Bas. Au début, ils manifestaient tous des comportements anormaux, qu’on n’observe jamais dans la nature. Certains s’automutilaient, d’autres se berçaient sans arrêt. Or, tous avaient vécu des épisodes traumatisants: une séparation d’avec la mère à un très jeune âge, des prises de sang à répétition dans des laboratoires, etc. Les événements traumatisants et leurs conséquences chez les chimpanzés sont semblables à ce que l’on peut observer chez certains humains.

Vous suggérez donc de traiter les chimpanzés comme des humains?

Pas tout à fait. La psychothérapie est évidemment hors de question. D’ailleurs, les chimpanzés vivent en cage et il est souvent dangereux de les approcher. Mais on a apporté des changements à leur environnement, pour le rendre plus stimulant. Et à quelques-uns, on donne de la sertraline [NDLR: vendue au Canada sous la marque de commerce Zoloft]. Ça semble bien fonctionner.
Les chimpanzés qui reçoivent l’antidépresseur s’adonnent moins que les autres à des activités de mutilation. Mais je ne dis pas qu’il faille prescrire des antidépresseurs à tous les chimpanzés de labo à la retraite. Bien que l’on ne sache pas pourquoi, certains d’entre eux, comme chez les humains, semblent plus résilients et ont mieux surmonté les traumatismes du passé.

Avec le recul, croyez-vous qu’il était vraiment nécessaire de recourir à des chimpanzés pour la recherche?

C’est très difficile de répondre à cette question. Certaines recherches ont permis la découverte de médicaments importants. D’autres projets n’étaient certainement pas utiles et sont allés trop loin. Mais les chercheurs, à l’époque, n’étaient probablement pas conscients comme nous le sommes aujourd’hui de la vulnérabilité des animaux.

Propos recueillis par Dominique Forget

Afficher tous les textes de cette section