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Reportages

Les oiseaux peuvent apprendre des autres

Par Marine Corniou - 21/07/2015


Pour ouvrir les oranges du Natal, fruits durs et coriaces qu’ils affectionnent, les chimpanzés de Zambie ont développé pas moins de six techniques différentes, d’après une observation menée en 2014 par des chercheurs américains. Et si certaines de ces techniques sont partagées par tous les singes, d’autres sont exclusives à quelques colonies. Voilà un bel exemple de «culture animale» – c’est-à-dire de transmission de traditions uniques au sein d’un groupe.

Si cet apprentissage social est bien connu chez les grands singes, il l’est un peu moins chez les oiseaux. Pourtant, dans les années 1920, au Royaume-Uni, on a vu se répandre un phénomène étonnant.

Tout a commencé dans le village de Swaythling, aujourd’hui une banlieue de Southampton dans le Hampshire, quand quelques mésanges futées ont réussi à enlever l’opercule fermant les bouteilles de lait déposées devant les maisons pour y boire la crème en surface. En quelques années, ce comportement s’était répandu dans tout le pays, et même dans toute l’Europe.

Simple coïncidence? Non, répond Lucy Aplin, du département de zoologie de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, qui étudie une population de mésanges charbonnières suivie par les scientifiques depuis 40 ans. Elle s’intéresse à l’apprentissage social chez ces oiseaux, et ce qu’elle a découvert est pour le moins surprenant. Au total, elle a équipé de micropuces près de 1 200 individus, et a pu reconstituer leur incroyable réseau social (qui côtoie qui et qui connaît qui, voir image). Elle a mis au point des mangeoires constituées d’un trou couvert par un bouchon que l’oiseau peut pousser vers la droite ou vers la gauche pour y dénicher de la nourriture. Elle a «enseigné» la technique d’ouverture vers la gauche à deux oiseaux, et vers la droite à deux autres. Puis, elle les a relâchés et a laissé faire la nature.

Grâce à ses nombreuses mangeoires réparties sur tout le territoire et équipées pour lire les puces, elle a démontré que, après 20 jours, entre 68% et 83% des oiseaux, dans les populations où avaient été relâchées les mésanges entraînées, parvenaient à faire fonctionner la mangeoire – contre 9% à 53% dans les populations sans «professeur». Et on pouvait clairement distinguer les populations ayant appris du «droitier» de celles qui avaient pris exemple sur le «gaucher».

«Un seul oiseau innovateur suffit à implanter un comportement arbitraire de façon persistante, puisque la tradition est toujours présente à la troisième génération», a expliqué la chercheuse, lors d’une conférence à l’Université McGill, en mai 2015.

Elle s’est d’ailleurs amusée en offrant une meilleure récompense aux oiseaux (un ver plutôt qu’une graine) s’ils poussaient la mangeoire du côté inhabituel. «En quelques jours, la plupart des oiseaux, surtout les jeunes, ont changé leurs habitudes. De plus, si on déplace certaines mésanges “gauchères” pour les déposer sur un territoire de “droitiers”, elles peuvent se mettre à pousser la porte vers la droite. C’est comme dans la société humaine: l’individu se range souvent du côté de la majorité.»




Photo de mésange bleue  : Francis Franklin

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