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Reportages

SnikkyBike: Nouveau joueur de la mobilité urbaine

Par Marine Corniou - 23/10/2017
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Maniable et pratique : voilà qui pourrait résumer en deux mots le SnikkyBike, cet hybride entre vélo électrique et trottinette, conçu par Jérémie Lepage, ingénieur électrique.

Après avoir essayé l’engin, on peut aussi dire qu’il est ludique : les mains sur le guidon, en glissant silencieusement sur l’asphalte, on a tout de suite un sentiment grisant de liberté.

Et nul besoin d’être équilibriste pour maîtriser le SnikkyBike. Destiné à tous, il se veut justement plus sécuritaire qu’un vélo. « C’est en voyant ma conjointe partir au travail avec un vélo de route auquel elle n’était pas habituée, il y a trois ans, que j’ai cherché un autre moyen de transport pour ses déplacements », explique Jérémie Lepage, diplômé de Polytechnique, à Montréal.

Les trottinettes, avec leurs petites roues, butent sur le moindre obstacle. Les « gadgets » de type Segway ou Solowheel (une roue motorisée avec des marchepieds de part et d’autre) sont instables et demandent pas mal d’entraînement. Quant au Kick Bike, sorte de trottinette avec une grande roue avant, il est trop long et reste difficile à manœuvrer en ville.

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, l’ingénieur montréalais commence alors à dessiner un prototype, en marge de son emploi chez Schneider Electrics. « Je voulais un cadre qui minimise la distance entre les deux roues, pour plus de maniabilité. L’idée était aussi de fixer le moteur électrique sur une roue arrière de petite taille, pour gagner en vitesse avec peu de puissance », détaille-t-il.

Ses premiers croquis en main, Jérémie Lepage embauche d’abord un dessinateur qui peaufine le tout, puis une entreprise de design industriel, TAK Design, qui crée des plans en 3D prêts pour la manufacture. « Le cadre, en aluminium, a été fabriqué en Chine à mes frais en 2016 », raconte l’ingénieur qui a avancé au total environ 50 000 $ pour ce projet.

Le prototype est à la hauteur de ses attentes : le SnikkyBike – un nom qui vient de sneak, ou « se faufiler » en anglais – fonctionne à merveille. Un peu trop bien, même ! Lors de mon premier essai, en actionnant la poignée de l’accélérateur, l’engin s’est cabré et m’a forcée à sauter en arrière. « Le moteur de 350 W est un peu trop puissant ! J’en mettrai un de 250 W sur la version commerciale pour régler le problème », assure Jérémie Lepage, qui m’avait pourtant prévenue.

Mais ce faux départ a eu l’avantage de démontrer une chose : on ne tombe pas facilement du SnikkyBike. « Comme on se tient debout, sur les deux marchepieds latéraux, on peut en descendre facilement au besoin, même en plein mouvement. De plus, son centre de gravité est bas et, comme un vélo, le SnikkyBike est autostable, c’est-à-dire qu’il ne risque pas de basculer », précise son inventeur.

Côté autonomie, la batterie lithium-ion, cachée dans le montant central du cadre, permet de parcourir une trentaine de kilomètres à la vitesse moyenne de 20 km/h. Elle se retire facilement pour être rechargée sur le lieu de travail, par exemple.

Et si la batterie est à plat ? Pas de stress : même s’il est fait pour fonctionner avec le moteur, le SnikkyBike peut être poussé avec le pied, façon trottinette. Pesant près d’une quinzaine de kilogrammes, il reste toutefois un peu lourd à porter. « Je compte réduire son poids en utilisant une batterie plus légère, et aussi proposer un modèle “mini”, qui pourrait être facilement embarqué dans les transports en commun », indique Jérémie Lepage.

L’entrepreneur peine toutefois à passer à l’étape de la commercialisation, après l’échec d’une campagne de sociofinancement en 2016. Quant à sa demande de brevet international, elle est encore en cours d’examen. « Le problème, c’est que l’objet est reconnu comme nouveau, mais que c’est une combinaison de plusieurs techniques existantes », précise-t-il.

Son plan, aujourd’hui, est de démarcher les mairies, ainsi que les organismes publics pour obtenir 200 promesses d’achat et lancer la production (en Chine, avec un assemblage final au Québec). « Le SnikkyBike pourrait être utilisé dans les aéroports, par des policiers, ou dans n’importe quel lieu où il faut parcourir plusieurs kilomètres de façon écologique et silencieuse », croit-il.

Avec un prix de vente fixé à 1 500 $, Jérémie Lepage a déjà reçu plusieurs demandes d’acheteurs sur son site web. Son unique prototype fait des envieux : il se fait constamment arrêter dans le quartier Villeray, où il réside. « J’attire tous les regards, et on me demande où je l’ai acheté », s’amuse-t-il. Chose certaine, à l’heure où l’on favorise le mode de vie local et les transports verts, le SnikkyBike a tout pour devenir une star de la mobilité urbaine.


 

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