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Reportages

Pieuvre: les tentacules du savoir

Par Marine Corniou - 21/07/2015
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Ils ont beau être cousins des huîtres et des moules, les céphalopodes, regroupant poulpes, seiches et autres calmars, font preuve de capacités cognitives déroutantes, comparables à celles des vertébrés.

Il suffit de voir la vidéo de cette pieuvre des côtes indonésiennes pour s’en convaincre. Après avoir récupéré deux moitiés de noix de coco vides près d’un port, elle les trimballe avec une dextérité surprenante et les utilise comme abri, pour se camoufler sur le sol sablonneux.



Outre cette utilisation «d’outil», on a vu des pieuvres parvenir à dévisser le couvercle d’un pot en verre contenant un crabe, s’échapper de labyrin­thes en un temps record et mettre au point de redoutables stratégies de chasse.

«Les céphalopodes servent depuis longtemps de modèle pour étudier la cognition», confirme Anne-Sophie Darmaillacq qui se spécialise dans l’étude de la mémoire et de l’apprentissage chez les seiches, à l’université de Caen, en France. «Les mollusques ont un système nerveux divisé en de nombreux ganglions. Chez les céphalopodes, en revanche, il y a centralisation des ganglions dans une boîte comparable à la boîte crânienne des vertébrés», explique-t-elle. Au total, le poulpe, avec ses 500 millions de cellules nerveuses, peut même se targuer d’avoir plus de neurones que la souris. De quoi lui permettre d’innover, de mémoriser, de se camoufler, mais aussi de tromper un adversaire (Qu'est-ce que l'intelligence animale? Lire notre reportage).




Ainsi, chez certaines seiches d’Australie, alors que les gros mâles ont l’avantage lors de la reproduction, les plus petits réussissent à se «déguiser» en femelles, en changeant leurs motifs cutanés, pour tromper la vigilance de leurs concurrents. «Mieux, certains colorent différemment leur côté exposé à la femelle et celui exposé aux autres mâles», précise la chercheuse. Dans son laboratoire, elle a démontré que les embryons de seiche étaient capables, dans l’œuf translucide, de capter des informations et d’adapter leur comportement en fonction de ce qu’ils voient (en l’occurrence, après l’éclosion, se tourner vers un type de proie plutôt qu’un autre).

Et ce n’est pas tout: son équipe a prouvé que les seiches pouvaient apprendre à associer un signal à un type de proie (crevettes ou crabes), et qu’elles pouvaient se retenir de manger un crabe si elles savaient qu’une crevette, leur gâterie préférée, allait leur être donnée plus tard. «C’est une étude préliminaire, mais qui montre que les seiches peuvent anticiper», conclut Mme Darmaillacq. Les capacités des céphalopodes sont telles que la réglementation de l’Union européenne sur l’expérimentation animale, en vigueur depuis le 1er janvier 2013, les inclut désormais, histoire de préserver leur bien-être et de leur éviter toute douleur.

Pour une anecdote, lisez ce billet de notre chroniqueur Jean-Pierre Rogel.

 

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