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Reportages

Pourquoi les Kényans courent-ils si vite?

Par Émélie Rivard-Boudreau - 20/12/2017
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Des chercheurs désirent percer les secrets de ces as des longues distances qui raflent les podiums depuis près de 50 ans. 

En septembre dernier, le Kényan Eliud Kipchoge remportait le marathon de Berlin sous la pluie avec un chrono final de 2 heures, 3 minutes et 32 secondes. Il est passé près de battre le record du monde détenu par un autre Kényan, Dennis Kimetto. Peu importe, puisqu’il est le recordman officieux : le 6 mai 2017, en Italie, il a complété en 2 heures et 25 secondes un « faux » marathon organisé dans des conditions hyper contrôlées par la compagnie Nike.

Kipchoge est le digne successeur d’une longue lignée de Kényans qui dominent les longues distances de course à pied depuis les Jeux de Mexico en 1968. Leur performance exceptionnelle fascine les scientifiques qui s’évertuent à en décoder les mécanismes. François Prince est de ceux-là. Chercheur en kinésiologie de l’Université de Montréal, il a multiplié les séjours au Kenya pour mieux décortiquer les mouvements des coureurs en action à l’aide de photos et de vidéos. Au printemps 2018, il recueillera également des mesures 3D de leur morphologie. Toutes ces données permettront de comparer les coureurs kényans et canadiens. « La masse musculaire moins importante dans les membres inférieurs et l’utilisation de mouvements ultra efficaces lors de la propulsion expliqueraient en partie la performance phénoménale des coureurs du Kenya », avance-t-il.

À ce jour, aucun facteur physiologique ou même génétique n’a pu expliquer à lui seul la suprématie des Kényans. « On ne note aucune différence dans leurs capacités cardiovasculaires et respiratoires ou dans leur composition sanguine », précise François Prince. C’est aussi la conclusion d’une étude britannique publiée en 2012 dans le journal International Journal of Sports Physiology and Performance. « À ce jour, aucun trait génétique et peu de caractéristiques physiologiques (VO2max [NDLR : consommation maximale d’oxygène], fibre musculaire squelettique, profil enzymatique ou alimentation) ou d’avantages hématologiques (masse totale d’hémoglobine, volume sanguin total) ont été identifiés pour expliquer de façon concluante le succès unique des coureurs de l’Afrique de l’Est », y écrivent les auteurs Randall L. Wilber et Yannis Pitsiladis.

Jusqu’à maintenant, François Prince observe plutôt chez les coureurs kényans une foulée beaucoup plus grande que celle de leurs homologues nord-américains. Elle est d’une telle amplitude que le talon touche pratiquement les fesses. Selon le chercheur, les Kényans maîtrisent cette technique dès l’enfance, car ils doivent franchir de longues distances pour se rendre à l’école. Le corps s’adapte alors pour économiser le plus d’énergie possible. Ils consolident ensuite cet apprentissage lorsqu’ils deviennent des athlètes professionnels.

>>> Lire la suite dans le numéro de décembre 2017.

Photo: Wikimedia Commons

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